Coccinelles asiatiques et mouches du grenier : les sortir

· Publié le · 13 min de lecture
Furet blanc sortant d'un terrier dans l'herbe, museau rose et pattes dans la terre fraîchement remuée

« On en ramasse un verre entier tous les deux jours au pied de la fenêtre de la chambre du haut. Et quand on en écrase une, ça laisse une tache jaune qui ne partent pas du papier peint. » Cette propriétaire de Nogent-sur-Marne décrit, sans le savoir, un phénomène parfaitement banal et parfaitement saisonnier : l'hivernage des coccinelles asiatiques et des mouches du grenier dans les maisons du Val-de-Marne.

Entre la mi-octobre et les premières vraies gelées, deux familles d'insectes cherchent un abri sec et tempéré pour passer l'hiver au ralenti. Ils ne piquent pas, ne transmettent aucune maladie, ne mangent ni votre charpente ni vos provisions. Mais ils arrivent par dizaines ou par centaines, se concentrent toujours dans les mêmes pièces — combles aménagés, dernier étage, encadrements de fenêtres de toit, caissons de volets roulants — et reviennent au même endroit l'année suivante, parce que les individus qui ont réussi à hiverner y laissent des traces chimiques.

C'est une nuisance de confort, pas une infestation. Elle se règle donc avec une méthode d'évacuation douce et un travail d'étanchéité, pas avec un insecticide.

Furet blanc sortant d'un terrier dans l'herbe, museau rose et pattes dans la terre fraîchement remuée

Deux insectes différents, souvent confondus

La coccinelle asiatique (Harmonia axyridis)

Introduite en Europe dans les années 1980-1990 comme auxiliaire de lutte biologique contre les pucerons, elle s'est naturalisée et est aujourd'hui l'une des coccinelles les plus communes d'Île-de-France. Elle se distingue de nos coccinelles indigènes par :

  • une taille plus forte (6 à 8 mm, contre 4 à 6 mm pour la coccinelle à sept points) ;
  • un nombre de points très variable : de 0 à 19, sur fond jaune, orange, rouge ou presque noir avec deux grosses taches rouges ;
  • un pronotum blanc marqué d'un dessin noir en forme de M ou de W — c'est le critère le plus fiable ;
  • un comportement grégaire à l'automne : elle se rassemble en agrégats de plusieurs dizaines d'individus dans les anfractuosités.

Dans la nature, Harmonia axyridis hiverne dans les falaises, les fissures de rochers, sous les écorces. En ville, les façades claires exposées au sud et à l'ouest, chauffées par le soleil d'après-midi, jouent exactement le même rôle. Elles s'alignent sur les montants de fenêtres, puis se faufilent à l'intérieur par le moindre jeu de menuiserie.

Deux désagréments concrets :

  1. La réflexe de saignée réflexe. Dérangée ou écrasée, la coccinelle asiatique émet par ses articulations un liquide jaune-orangé, alcaloïde, malodorant, qui tache durablement peintures, papiers peints, tissus d'ameublement et plâtre.
  2. Les réactions allergiques. Des cas de rhinite, de conjonctivite et d'urticaire de contact liés aux agrégats massifs d'Harmonia axyridis dans l'habitat sont documentés dans la littérature médicale, notamment aux États-Unis où l'espèce est plus abondante encore. Le risque reste faible et concerne surtout les très grosses colonies dans des chambres mansardées.

La mouche du grenier (Pollenia rudis et espèces voisines)

Appelée aussi pollénie ou « cluster fly », c'est tout autre chose. Un peu plus petite et plus terne que la mouche domestique, elle se reconnaît à :

  • un thorax couvert de poils dorés frisés, visibles à la loupe, qui lui donnent un aspect mat et doré ;
  • des ailes qui se croisent au repos sur l'abdomen, contrairement à la mouche domestique ;
  • un vol lent, lourd, maladroit, souvent en bourdonnant contre la vitre ;
  • un comportement d'agrégation massive dans les volumes non chauffés : greniers, combles perdus, pièces inoccupées, derrière les tableaux et les tentures.

Ses larves sont parasites de vers de terre : elle ne se reproduit donc jamais dans la maison. Les individus qui apparaissent en plein hiver, les jours de redoux ou quand on remet le chauffage, sont des adultes réveillés d'un hivernage commencé en octobre. Leur principal défaut est l'accumulation : des tas de cadavres secs dans les combles, qui finissent par attirer d'autres nuisibles — anthrènes et dermestes, dont les larves se nourrissent de matière animale sèche et s'attaquent ensuite aux laines et aux tapis.

Ce point mérite d'être souligné : une population de pollénies négligée pendant trois ou quatre hivers dans un comble perdu est un garde-manger pour les coléoptères des textiles. Le lien avec les nuisibles du garde-manger et les anthrènes est direct.

À ne pas confondre avec la punaise diabolique

Le troisième hivernant classique de nos maisons est la punaise diabolique (Halyomorpha halys), de forme nettement différente — un bouclier brun marbré de 15 mm — et à l'odeur caractéristique. Nous lui consacrons un guide spécifique : stopper son hivernage dans la maison. Les méthodes d'étanchéité décrites ici valent pour les trois espèces.

Pourquoi votre maison et pas celle du voisin

Les professionnels le constatent systématiquement : dans une même rue de Champigny-sur-Marne ou de Saint-Maur-des-Fossés, deux pavillons mitoyens peuvent connaître des situations opposées. Les facteurs déterminants sont toujours les mêmes.

Facteur favorable à l'hivernagePourquoi
Façade claire orientée sud ou ouestAccumulation de chaleur en fin de journée, signal d'attraction
Maison isolée ou en limite de zone végétaliséeProximité d'un réservoir de population (arbres, friches, bords de Marne)
Fenêtres de toit et combles aménagés récentsJeux de menuiserie, bavettes et abergements mal jointés
Caissons de volets roulants en appliqueVolume creux ouvert sur l'extérieur, abri idéal
Grenier non chauffé mais secTempérature stable entre 2 et 10 °C, exactement l'optimum
Bardage bois, pierres apparentes, enduit craqueléMultitude de micro-anfractuosités

Ajoutez l'effet mémoire : les coccinelles asiatiques émettent des phéromones d'agrégation qui persistent sur les surfaces. Un comble qui a hiverné 300 coccinelles en 2025 en recevra, toutes choses égales, autant ou plus en 2026. C'est pourquoi le nettoyage des zones d'agrégation fait partie du traitement, et pas seulement du ménage.

Les sortir sans tout tacher : la méthode

Ce qu'il ne faut pas faire

  • Ne pas écraser. Une coccinelle écrasée, c'est une tache jaune persistante et une phéromone d'alarme supplémentaire.
  • Ne pas pulvériser d'insecticide dans la pièce. Inutile sur des insectes déjà entrés et en diapause, et contre-productif : vous obtenez des centaines de cadavres dans des endroits inaccessibles, qui nourriront les anthrènes. L'ANSES rappelle régulièrement que les produits biocides ménagers doivent être employés en dernier recours, sur une cible précise, et jamais en traitement d'ambiance préventif.
  • Ne pas passer l'aspirateur du salon sans précaution. Les coccinelles meurent dans le sac, le liquide de défense imprègne le filtre, et l'appareil garde une odeur tenace pendant des semaines.

Ce qui fonctionne

1. L'aspiration avec interface. La méthode la plus propre consiste à glisser un morceau de bas nylon ou un filtre jetable dans le tube, maintenu par un élastique au niveau de l'embout : les insectes sont retenus avant d'atteindre le corps de l'appareil et peuvent être relâchés vivants. Pour les volumes importants (combles perdus, grenier entier), un aspirateur de chantier à cuve avec filtre lavable évite de sacrifier l'aspirateur domestique, et sa cuve se rince ensuite au jet.

2. Le piège lumineux pour les pollénies. Les mouches du grenier sont fortement phototropes. Dans un comble sombre, une lampe disposée au-dessus d'un bac d'eau savonneuse en capture une grande partie en une nuit. Un piège lumineux à plaque collante, placé en hauteur dans le grenier, donne le même résultat sans eau renversée, et sert d'indicateur de population d'une année sur l'autre.

3. Le relâchage des coccinelles. Les individus aspirés vivants peuvent être déposés dans un tas de feuilles, un abri à insectes ou un fagot de bois au fond du jardin : ils achèveront leur hivernage dehors. C'est un auxiliaire précieux contre les pucerons au printemps — autant le laisser faire son travail, à l'extérieur.

4. Le nettoyage des zones d'agrégation. Une fois la pièce vidée, lavez les montants, les tableaux de fenêtre et les angles de plafond concernés à l'eau chaude additionnée de liquide vaisselle ou de vinaigre blanc. Vous effacez les traces chimiques. Pour les taches jaunes déjà installées sur une peinture mate, un nettoyant enzymatique textile appliqué par tamponnement donne de meilleurs résultats qu'un détergent classique.

Gros plan d'un furet au pelage gris et blanc regardant l'objectif, museau et moustaches bien visibles

Boucher les accès : le vrai traitement

Tout le reste est palliatif. Ce qui règle durablement le problème, c'est l'exclusion mécanique, et la bonne période pour y travailler s'étend de mars à septembre — hors présence, avec des insectes dehors. En octobre, on fait ce qu'on peut et on planifie le reste au printemps.

La liste des points à traiter, dans l'ordre

  1. Les fenêtres de toit. C'est le premier point d'entrée des pavillons des années 1980-2000 avec combles aménagés. Vérifiez l'état du joint périphérique du dormant, des mousses de calfeutrement et des abergements. Un joint comprimé ou durci se remplace.
  2. Les caissons de volets roulants. Ouvrez-les et regardez. Le passage de sangle et les flancs du coffre sont souvent largement ouverts. Des brosses de calfeutrement adhésives sur la sortie de tablier, et un joint mousse sur le capot, suppriment un accès majeur. C'est aussi un gain thermique immédiat.
  3. Les grilles d'aération de combles et de pignon. Elles doivent rester ouvertes — la ventilation des combles est indispensable. On les équipe donc d'un grillage de maille 1 mm maximum côté intérieur. Une maille inox fine arrête coccinelles et pollénies ; une maille de 5 mm ne sert à rien contre elles.
  4. Les passages de câbles, gaines et conduits. Antenne, climatisation, câble électrique traversant la sablière : chaque percement est un couloir. Mastic polyuréthane ou silicone neutre selon le support.
  5. Les jonctions charpente-maçonnerie. Sur les pavillons anciens, le jeu entre pannes et mur pignon peut atteindre un centimètre. On y pousse de la laine d'acier avant mastic : contrairement à la mousse expansive, elle ne se laisse pas percer, et elle vaut aussi contre les souris.
  6. Les portes de combles et trappes d'accès. Un joint de bas de porte autocollant sur la trappe du grenier empêche la diffusion des hivernants vers les pièces chauffées. C'est le geste qui change le quotidien : vous n'avez plus de mouches lentes dans l'escalier les jours de redoux.

Règle simple : si vous passez une carte de visite dans une fente, une coccinelle y passe aussi. Si vous y passez un crayon, une souris y passe.

Ce travail d'étanchéité recoupe presque entièrement celui qu'on mène contre les rongeurs dans les combles. Si vous entendez par ailleurs des bruits nocturnes au-dessus du plafond, lisez notre dossier sur l'isolation soufflée des combles et les rongeurs : la même inspection sert deux fois.

Faut-il traiter l'extérieur ?

C'est la question qui revient le plus. Réponse honnête : un traitement de façade par pulvérisation rémanente peut réduire les entrées, mais il n'est ni anodin, ni toujours justifié.

Il se discute quand :

  • les agrégats dépassent plusieurs centaines d'individus chaque automne ;
  • un occupant présente des réactions allergiques documentées ;
  • la configuration du bâti rend l'étanchéité impossible à court terme (bardage, pierre apparente, façade à rejointoyer).

Il se fait alors avant l'arrivée des insectes, c'est-à-dire fin septembre ou début octobre, sur les surfaces d'atterrissage — encadrements, bandeaux, sous-faces de débords, zones ensoleillées — et jamais à l'intérieur des pièces de vie. Il relève d'un applicateur titulaire du Certibiocide (obligatoire pour l'achat et l'usage professionnel des biocides en France, articles R. 522-16-1 et suivants du code de l'environnement) qui tiendra compte des abeilles, des animaux domestiques et des récupérateurs d'eau de pluie. Nos interventions et nos conditions sont détaillées sur la page services ; les ordres de grandeur de prix figurent dans nos tarifs.

Dans la majorité des cas de pavillons du Val-de-Marne, l'ordre de priorité reste : aspiration douce → nettoyage des zones d'agrégation → étanchéité au printemps suivant. Le traitement chimique est l'exception.

Calendrier de l'hivernage, mois par mois

PériodeCe qui se passeCe qu'il faut faire
Mi-septembre → fin octobreVol d'agrégation, atterrissage sur façades sud/ouest, entrées massivesFermer volets en fin d'après-midi, aspiration régulière, moustiquaires en place
Novembre → janvierDiapause, insectes immobiles dans combles et caissonsAspirer les agrégats accessibles, vider les cadavres des greniers
Redoux et remise en chauffeRéveils partiels, insectes qui descendent vers la lumière des piècesJoint de trappe de comble, piège lumineux au grenier
Mars → avrilSortie et dispersion vers l'extérieurGrand nettoyage des zones d'agrégation, inventaire des points d'entrée
Mai → septembreAbsence dans la maisonFenêtre de tir pour tous les travaux d'étanchéité

Pour les combles perdus où des tas de cadavres se sont accumulés, prévoyez un masque FFP2 et des gants : la poussière de dépouilles d'insectes est irritante, et l'INRS classe les poussières organiques parmi les sources d'irritation respiratoire des espaces confinés. Une aspiration soignée au printemps règle le problème pour l'année.

Quand appeler un professionnel

Ces insectes ne justifient pas une intervention d'urgence. Un appel se justifie en revanche quand :

  • les quantités se comptent en litres aspirés chaque automne, année après année ;
  • vous ne parvenez pas à identifier le point d'entrée malgré une inspection complète ;
  • l'accès aux zones concernées est difficile ou dangereux (combles bas, toiture, pignon en hauteur) ;
  • la présence d'insectes hivernants s'accompagne d'autres indices — crottes, isolant creusé, bruits nocturnes — qui signalent un problème de rongeurs à traiter en priorité.

Nous intervenons sur l'ensemble du département : Champigny-sur-Marne, Saint-Maur-des-Fossés, Créteil, Vitry-sur-Seine, Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont, Villiers-sur-Marne et les communes voisines. Le détail est sur la page zones d'intervention.

Ce qu'il faut retenir

  • Coccinelle asiatique et mouche du grenier sont des hivernants inoffensifs : pas de piqûre, pas de reproduction dans la maison, pas de dégât structurel.
  • Les vraies nuisances sont les taches jaunes, l'odeur, les réactions allergiques des grosses colonies et les cadavres qui attirent anthrènes et dermestes.
  • On les sort par aspiration avec filtre, jamais à l'insecticide d'ambiance.
  • Le traitement durable est mécanique : maille fine sur les grilles, joints de fenêtres de toit, caissons de volets, trappe de comble — travaux à programmer entre mars et septembre.
  • Nettoyer les zones d'agrégation réduit le retour l'année suivante.

Un doute sur l'identification, une colonie qui revient chaque automne malgré vos efforts, ou un comble à inspecter avant l'hiver ? Décrivez-nous la situation et envoyez une photo via la page contact : nous vous dirons honnêtement si une intervention est utile ou si quelques heures de calfeutrement suffisent. En cas de situation réellement urgente — rongeurs actifs, nuisance sanitaire —, la page urgence est à votre disposition.

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