« On en ramasse un verre entier tous les deux jours au pied de la fenêtre de la chambre du haut. Et quand on en écrase une, ça laisse une tache jaune qui ne partent pas du papier peint. » Cette propriétaire de Nogent-sur-Marne décrit, sans le savoir, un phénomène parfaitement banal et parfaitement saisonnier : l'hivernage des coccinelles asiatiques et des mouches du grenier dans les maisons du Val-de-Marne.
Entre la mi-octobre et les premières vraies gelées, deux familles d'insectes cherchent un abri sec et tempéré pour passer l'hiver au ralenti. Ils ne piquent pas, ne transmettent aucune maladie, ne mangent ni votre charpente ni vos provisions. Mais ils arrivent par dizaines ou par centaines, se concentrent toujours dans les mêmes pièces — combles aménagés, dernier étage, encadrements de fenêtres de toit, caissons de volets roulants — et reviennent au même endroit l'année suivante, parce que les individus qui ont réussi à hiverner y laissent des traces chimiques.
C'est une nuisance de confort, pas une infestation. Elle se règle donc avec une méthode d'évacuation douce et un travail d'étanchéité, pas avec un insecticide.

Deux insectes différents, souvent confondus
La coccinelle asiatique (Harmonia axyridis)
Introduite en Europe dans les années 1980-1990 comme auxiliaire de lutte biologique contre les pucerons, elle s'est naturalisée et est aujourd'hui l'une des coccinelles les plus communes d'Île-de-France. Elle se distingue de nos coccinelles indigènes par :
- une taille plus forte (6 à 8 mm, contre 4 à 6 mm pour la coccinelle à sept points) ;
- un nombre de points très variable : de 0 à 19, sur fond jaune, orange, rouge ou presque noir avec deux grosses taches rouges ;
- un pronotum blanc marqué d'un dessin noir en forme de M ou de W — c'est le critère le plus fiable ;
- un comportement grégaire à l'automne : elle se rassemble en agrégats de plusieurs dizaines d'individus dans les anfractuosités.
Dans la nature, Harmonia axyridis hiverne dans les falaises, les fissures de rochers, sous les écorces. En ville, les façades claires exposées au sud et à l'ouest, chauffées par le soleil d'après-midi, jouent exactement le même rôle. Elles s'alignent sur les montants de fenêtres, puis se faufilent à l'intérieur par le moindre jeu de menuiserie.
Deux désagréments concrets :
- La réflexe de saignée réflexe. Dérangée ou écrasée, la coccinelle asiatique émet par ses articulations un liquide jaune-orangé, alcaloïde, malodorant, qui tache durablement peintures, papiers peints, tissus d'ameublement et plâtre.
- Les réactions allergiques. Des cas de rhinite, de conjonctivite et d'urticaire de contact liés aux agrégats massifs d'Harmonia axyridis dans l'habitat sont documentés dans la littérature médicale, notamment aux États-Unis où l'espèce est plus abondante encore. Le risque reste faible et concerne surtout les très grosses colonies dans des chambres mansardées.
La mouche du grenier (Pollenia rudis et espèces voisines)
Appelée aussi pollénie ou « cluster fly », c'est tout autre chose. Un peu plus petite et plus terne que la mouche domestique, elle se reconnaît à :
- un thorax couvert de poils dorés frisés, visibles à la loupe, qui lui donnent un aspect mat et doré ;
- des ailes qui se croisent au repos sur l'abdomen, contrairement à la mouche domestique ;
- un vol lent, lourd, maladroit, souvent en bourdonnant contre la vitre ;
- un comportement d'agrégation massive dans les volumes non chauffés : greniers, combles perdus, pièces inoccupées, derrière les tableaux et les tentures.
Ses larves sont parasites de vers de terre : elle ne se reproduit donc jamais dans la maison. Les individus qui apparaissent en plein hiver, les jours de redoux ou quand on remet le chauffage, sont des adultes réveillés d'un hivernage commencé en octobre. Leur principal défaut est l'accumulation : des tas de cadavres secs dans les combles, qui finissent par attirer d'autres nuisibles — anthrènes et dermestes, dont les larves se nourrissent de matière animale sèche et s'attaquent ensuite aux laines et aux tapis.
Ce point mérite d'être souligné : une population de pollénies négligée pendant trois ou quatre hivers dans un comble perdu est un garde-manger pour les coléoptères des textiles. Le lien avec les nuisibles du garde-manger et les anthrènes est direct.
À ne pas confondre avec la punaise diabolique
Le troisième hivernant classique de nos maisons est la punaise diabolique (Halyomorpha halys), de forme nettement différente — un bouclier brun marbré de 15 mm — et à l'odeur caractéristique. Nous lui consacrons un guide spécifique : stopper son hivernage dans la maison. Les méthodes d'étanchéité décrites ici valent pour les trois espèces.
Pourquoi votre maison et pas celle du voisin
Les professionnels le constatent systématiquement : dans une même rue de Champigny-sur-Marne ou de Saint-Maur-des-Fossés, deux pavillons mitoyens peuvent connaître des situations opposées. Les facteurs déterminants sont toujours les mêmes.
| Facteur favorable à l'hivernage | Pourquoi |
|---|---|
| Façade claire orientée sud ou ouest | Accumulation de chaleur en fin de journée, signal d'attraction |
| Maison isolée ou en limite de zone végétalisée | Proximité d'un réservoir de population (arbres, friches, bords de Marne) |
| Fenêtres de toit et combles aménagés récents | Jeux de menuiserie, bavettes et abergements mal jointés |
| Caissons de volets roulants en applique | Volume creux ouvert sur l'extérieur, abri idéal |
| Grenier non chauffé mais sec | Température stable entre 2 et 10 °C, exactement l'optimum |
| Bardage bois, pierres apparentes, enduit craquelé | Multitude de micro-anfractuosités |
Ajoutez l'effet mémoire : les coccinelles asiatiques émettent des phéromones d'agrégation qui persistent sur les surfaces. Un comble qui a hiverné 300 coccinelles en 2025 en recevra, toutes choses égales, autant ou plus en 2026. C'est pourquoi le nettoyage des zones d'agrégation fait partie du traitement, et pas seulement du ménage.
Les sortir sans tout tacher : la méthode
Ce qu'il ne faut pas faire
- Ne pas écraser. Une coccinelle écrasée, c'est une tache jaune persistante et une phéromone d'alarme supplémentaire.
- Ne pas pulvériser d'insecticide dans la pièce. Inutile sur des insectes déjà entrés et en diapause, et contre-productif : vous obtenez des centaines de cadavres dans des endroits inaccessibles, qui nourriront les anthrènes. L'ANSES rappelle régulièrement que les produits biocides ménagers doivent être employés en dernier recours, sur une cible précise, et jamais en traitement d'ambiance préventif.
- Ne pas passer l'aspirateur du salon sans précaution. Les coccinelles meurent dans le sac, le liquide de défense imprègne le filtre, et l'appareil garde une odeur tenace pendant des semaines.
Ce qui fonctionne
1. L'aspiration avec interface. La méthode la plus propre consiste à glisser un morceau de bas nylon ou un filtre jetable dans le tube, maintenu par un élastique au niveau de l'embout : les insectes sont retenus avant d'atteindre le corps de l'appareil et peuvent être relâchés vivants. Pour les volumes importants (combles perdus, grenier entier), un aspirateur de chantier à cuve avec filtre lavable évite de sacrifier l'aspirateur domestique, et sa cuve se rince ensuite au jet.
2. Le piège lumineux pour les pollénies. Les mouches du grenier sont fortement phototropes. Dans un comble sombre, une lampe disposée au-dessus d'un bac d'eau savonneuse en capture une grande partie en une nuit. Un piège lumineux à plaque collante, placé en hauteur dans le grenier, donne le même résultat sans eau renversée, et sert d'indicateur de population d'une année sur l'autre.
3. Le relâchage des coccinelles. Les individus aspirés vivants peuvent être déposés dans un tas de feuilles, un abri à insectes ou un fagot de bois au fond du jardin : ils achèveront leur hivernage dehors. C'est un auxiliaire précieux contre les pucerons au printemps — autant le laisser faire son travail, à l'extérieur.
4. Le nettoyage des zones d'agrégation. Une fois la pièce vidée, lavez les montants, les tableaux de fenêtre et les angles de plafond concernés à l'eau chaude additionnée de liquide vaisselle ou de vinaigre blanc. Vous effacez les traces chimiques. Pour les taches jaunes déjà installées sur une peinture mate, un nettoyant enzymatique textile appliqué par tamponnement donne de meilleurs résultats qu'un détergent classique.




