« Le dératiseur a mis des appâts dans la cave, on a bouché les soupiraux, et ça grattait toujours au plafond du premier. On a fini par comprendre : ils montaient par le tilleul, sautaient sur le toit du garage et rentraient sous la rive, à côté de la gouttière. » Ce propriétaire de Nogent-sur-Marne a cherché son entrée pendant deux mois au mauvais étage. Le point de passage se trouvait à quatre mètres cinquante du sol, invisible depuis la terrasse, parfaitement visible depuis la fenêtre du voisin.
C'est l'angle mort le plus coûteux en pavillon : on inspecte le périmètre au sol — soupiraux, bas de portes, passages de tuyaux, regards — et on considère le reste comme hors d'atteinte. Or deux des rongeurs qu'on trouve dans le Val-de-Marne sont d'excellents grimpeurs, et un troisième se contente d'un support quelconque pour monter trois étages.
Ce blog a déjà traité la cave et ses soupiraux, les combles et l'isolation soufflée, les canalisations, les matériaux d'obturation et le volume technique de la cuisine. Cet article traite un sujet distinct : les accès en hauteur, c'est-à-dire tout ce qui permet à un rongeur d'arriver au niveau du toit — et les points d'entrée précis qu'il y trouve.

Qui grimpe, et jusqu'où
Trois espèces concernent les maisons individuelles du département, et elles n'ont pas du tout les mêmes aptitudes.
Le rat noir (Rattus rattus), ou rat des greniers. Plus léger que le surmulot (120 à 200 g), avec une queue plus longue que le corps et de grandes oreilles, c'est un arboricole. Il circule sur des branches, des câbles, des treilles, remonte un lierre sans effort et traverse un faîtage comme un couloir. Il est moins fréquent que le surmulot en Île-de-France, mais il existe, notamment dans les secteurs pavillonnaires anciens à grands arbres — les coteaux de Saint-Maur-des-Fossés, le vieux Champigny, certains quartiers de Nogent.
Le surmulot (Rattus norvegicus), le rat d'égout classique, qu'on associe au sol et aux canalisations. On le croit incapable de grimper : c'est faux. Il monte verticalement sur une surface rugueuse — crépi gratté, parpaing brut, brique, tronc — et il escalade l'intérieur d'une descente de gouttière de diamètre 80 ou 100 mm comme une cheminée d'escalade. Il saute 70 à 80 cm à l'horizontale depuis un appui.
La souris domestique (Mus musculus). Vingt grammes, griffes fines, elle grimpe sur presque tout ce qui n'est pas lisse et neuf, passe par 6 mm et utilise volontiers un câble ou une gaine comme autoroute.
| Capacité | Souris | Surmulot | Rat noir |
|---|---|---|---|
| Grimper un crépi rugueux | oui | oui | oui |
| Grimper un PVC lisse vertical | difficile | non | non |
| Grimper à l'intérieur d'une descente | oui | oui | oui |
| Circuler sur un câble / une branche fine | oui | limité | oui |
| Saut horizontal depuis un appui | ~30 cm | 70-80 cm | ~1 m |
| Diamètre d'ouverture suffisant | 6 mm | 20-25 mm | 20-25 mm |
Retenez une règle pratique : un rongeur n'a pas besoin d'escalader votre façade s'il peut emprunter quelque chose qui y est accroché. L'essentiel du travail de prévention ne consiste pas à rendre les murs lisses, mais à supprimer les échelles.
Les cinq échelles typiques d'un pavillon
1. La branche qui touche, ou qui touche presque
C'est la première cause. Un rongeur n'a pas besoin que la branche repose sur la toiture : un écart de 60 à 80 cm se franchit, surtout vers le bas (sauter d'une branche sur un toit est plus facile que l'inverse). Les arbres concernés dans le 94 sont souvent les mêmes : tilleuls de bord de rue, marronniers, cerisiers et pruniers de fond de jardin, thuyas et cyprès de haie plantés contre un garage, et le grand noyer ou l'érable du voisin.
La règle professionnelle est une distance de 2 mètres entre toute extrémité de branche et le volume du bâtiment (toit, gouttière, souche de cheminée, antenne). Sur une haie de conifères, c'est la même logique : une haie de thuyas de 3,50 m plaquée contre un mur de garage est un escalier à barreaux, et un gîte au passage.
Attention à la période. Pour les tailles d'arbres et de haies, il est vivement recommandé d'éviter la période du 15 mars au 31 juillet, en pleine nidification des oiseaux : l'Office français de la biodiversité (OFB) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) le rappellent chaque printemps, et la destruction de nichées est sanctionnée par le code de l'environnement. Fin octobre et novembre sont donc la bonne fenêtre : la feuille tombe, on voit la structure, la nidification est terminée.
Pour les branches accessibles depuis le sol ou une échelle stable, un sécateur de force à long manche ou une scie d'élagage télescopique suffit largement. Au-delà de 3 mètres de hauteur de travail, ou dès qu'il faut être en appui instable, cela devient le métier d'un élagueur — pas celui d'un propriétaire avec une tronçonneuse empruntée.
2. Le lierre, la vigne vierge et la glycine
Un lierre sur un mur de pavillon, ce n'est pas qu'une plante grimpante : c'est un volume creux adossé à la façade, chaud, sec en dessous, parfaitement opaque. Souris, rats noirs, oiseaux et insectes hivernants y trouvent un abri continu du sol au toit. Dans beaucoup de cas, le lierre pénètre sous la rive de toit ou soulève les tuiles de bas de pente, et le rongeur suit exactement le même chemin.
On n'est pas obligé de tout arracher. Le compromis raisonnable :
- couper la plante à 1,50 m sous la gouttière et maintenir ce dégagement chaque automne ;
- la détacher complètement des sous-faces, des descentes et des coffres de volet roulant ;
- vérifier derrière, une fois dégagé, l'état du crépi et des joints — un lierre ancien masque souvent des fissures.
3. La descente de gouttière
Elle sert de deux façons. Par l'extérieur si elle est fixée avec des colliers espacés qui font autant de prises, ou si elle est en zinc avec joints saillants. Par l'intérieur, surtout : une descente est un tube vertical de 80 ou 100 mm, abrité, qui débouche en haut dans la gouttière — donc à quelques centimètres de la rive de toit — et en bas dans un regard ou un dauphin fonte souvent cassé ou désolidarisé.
Deux vérifications concrètes à faire ce week-end, depuis le sol :
- Le pied de descente. Le dauphin est-il fissuré ? Le raccord au regard est-il ouvert ? Un rongeur qui circule dans le réseau d'eaux pluviales d'un pavillon trouve là une porte.
- Le haut. La gouttière est-elle pleine de feuilles ? Une gouttière engorgée est une plateforme de circulation confortable, et elle garde l'humidité contre la rive — donc elle ramollit le bois. Un nettoyage de gouttière à l'automne et, en entretien, une crapaudine de descente ou une grille pare-feuilles sur la longueur règlent les deux problèmes à la fois.
4. Les câbles, antennes, pergolas et treilles
Un câble aérien de téléphone, un câble d'antenne, une gaine électrique qui remonte en façade, un hauban, le mât d'une parabole : tous servent de passerelle, en particulier pour la souris et le rat noir. Idem pour les structures humaines : pergola adossée, treille de vigne, échelle laissée contre le mur toute l'année, bac de bois empilé contre la façade, échafaudage de chantier. Le stock de bûches posé contre le mur est un cas d'école : il offre à la fois le gîte et la première marche.
5. Le toit du garage, de l'appentis ou de la véranda
C'est le relais le plus utilisé en pavillon. Le rongeur monte sur un volume bas et facile (garage accolé, appentis, abri de terrasse, toit de véranda), puis il est à 2,50 m du sol avec la façade du premier étage devant lui et la rive principale à portée. Dans le cas du propriétaire de Nogent cité en introduction, le schéma était exactement celui-là : arbre → toit de garage → rive.



