« Je descendais à la cave deux fois par mois, pour le congélateur. En octobre, j'ai trouvé des crottes sur le couvercle, et le carton de bouteilles vides déplacé. » Cette propriétaire de Vitry-sur-Seine croyait que les rats venaient « du réseau », par les canalisations. Après vérification, ils entraient par un soupirail dont la grille d'origine en fonte avait été remplacée par une plaque de contreplaqué par l'ancien propriétaire, vingt ans plus tôt.
La cave est, dans un pavillon, la première pièce colonisée par un surmulot. Elle est fraîche, sombre, rarement visitée, souvent encombrée, et elle se situe exactement au niveau où les rats circulent : le pied du bâtiment, la terre, le réseau enterré. Dans la grande majorité des cas que décrivent les professionnels du Val-de-Marne, l'accès n'est ni mystérieux ni technique : c'est une ouverture de ventilation, un regard ou un bas de porte que personne n'a regardé depuis des années.
Ce blog a déjà traité les canalisations cassées, les matériaux d'obturation et la désinfection d'une cave après une crue. Cet article traite un sujet distinct : l'inventaire complet des accès d'une cave de pavillon, du soupirail au passage de compteur, et la manière de les fermer sans condamner la ventilation du bâtiment — ce qui serait un autre problème.

Pourquoi la cave et pourquoi maintenant
Trois éléments se combinent entre fin octobre et décembre.
La température. Une cave de pavillon reste entre 10 et 14 °C toute l'année. Quand l'extérieur passe sous 8 °C la nuit, cet écart devient un signal fort pour un rongeur qui cherche un gîte stable. Les rats ne « migrent » pas : ils resserrent leur territoire autour des points les plus favorables.
Le réseau d'assainissement. Le surmulot (Rattus norvegicus) vit en grande partie dans les égouts et les branchements d'immeubles et de pavillons. Les pluies d'automne et les mises en charge ponctuelles du réseau — fréquentes dans les secteurs proches de la Marne et de la Seine — poussent les populations à chercher des sorties vers les volumes secs, c'est-à-dire les caves et les vides sanitaires.
L'encombrement saisonnier. Octobre est le mois où l'on descend le mobilier de jardin, les cartons, les sacs de terreau, les bulbes, les pommes, les courges. Un sac de graines pour oiseaux ou un cageot de pommes en cave suffit à transformer un passage occasionnel en installation durable.
Un rat qui trouve dans le même lieu de la chaleur, de l'eau (condensation, regard, canalisation suintante) et une source alimentaire n'a aucune raison d'en repartir. Supprimer un seul des trois facteurs réduit déjà fortement la pression.
L'inventaire des accès : ce qu'il faut vraiment regarder
Munissez-vous d'une lampe frontale à LED — les deux mains doivent rester libres — et parcourez le pourtour intérieur de la cave puis son pourtour extérieur, au niveau du sol. Les accès se classent en cinq familles.
1. Les soupiraux et grilles de ventilation basse
C'est la porte d'entrée numéro un. Un soupirail de pavillon ancien mesure typiquement 20 × 40 cm. Les défauts classiques :
- grille d'origine en fonte corrodée, barreaux disjoints ou manquants ;
- grille remplacée par un panneau bois, plexiglas ou polystyrène (traversé en une nuit) ;
- moustiquaire plastique ou toile de jardinage agrafée, qui ne résiste à rien ;
- maçonnerie de l'encadrement désagrégée : le rat ne passe pas par la grille, il passe à côté.
Une souris franchit 6 à 7 mm, un rat 20 à 25 mm. Une grille de soupirail n'est protectrice que si sa maille est inférieure à 6 mm et si elle est en métal, fixée dans le dur.
2. Les regards, tampons et siphons de cour
Dans les pavillons du Val-de-Marne, il est courant de trouver en cave ou en limite de cave un regard de branchement (eaux usées ou eaux pluviales) fermé par un tampon fonte ou béton. Points à contrôler :
- tampon fissuré, cassé en coin, ou simplement posé sans joint ;
- regard dont le cadre a bougé, laissant un jeu de plusieurs centimètres ;
- siphon de sol de cave asséché : sans garde d'eau, il n'y a plus aucune barrière entre le réseau et la pièce.
Un siphon de sol qui ne sert jamais s'évapore en quelques semaines. Le remplir d'eau une fois par mois, ou le coiffer d'une grille de sol inox à clapet, supprime un accès gratuitement.
3. Les traversées de murs : canalisations, câbles, gaines
Chaque tuyau qui traverse un mur de cave a été passé dans un trou plus large que lui. Autrefois, ce jeu était rebouché au plâtre ou laissé tel quel. On y trouve donc :
- l'arrivée d'eau et le passage de compteur ;
- l'évacuation du lave-linge ou de l'évier de cave ;
- les gaines électriques et télécom — rappelons l'épisode des habitants de Créteil privés de fibre plusieurs mois après que des rongeurs avaient sectionné les câbles ;
- les anciennes traversées de chaudière fioul, souvent condamnées à la va-vite.
4. La porte de cave
Une porte extérieure de cave en bois travaille, se décolle, se fend par le bas. Un rat agrandit un défaut existant ; il ne perce pas un panneau sain. Les trois faiblesses : le bas de porte (jeu supérieur à 1 cm), le seuil dégradé, et le jambage en maçonnerie friable. Une plaque métallique ou une barre de seuil en aluminium vissée sur les 15 derniers centimètres règle le problème pour la durée de vie de la porte.
5. Le pied de façade et les terrasses
À l'extérieur, cherchez des terriers : trous de 5 à 8 cm de diamètre, à bords nets, souvent sous une terrasse sur plots, le long d'un mur de clôture, derrière un tas de bois ou contre un abri de jardin. Un terrier actif est propre, sans toile d'araignée, avec parfois une « coulée » — un sentier d'herbe aplatie — qui y mène.
Lire les indices : rat, souris, ou rien du tout
Avant d'engager des travaux, confirmez le diagnostic. Beaucoup de caves donnent des « preuves » qui n'en sont pas (fientes d'oiseau sous un soupirail, déjections de hérisson près d'une porte, débris de mortier pris pour des crottes).
| Indice | Souris | Rat surmulot |
|---|---|---|
| Crottes | 3-6 mm, pointues, dispersées | 15-20 mm, en grain de riz épais, groupées |
| Traces de gras | discrètes | traînées noires le long des murs |
| Bruits | grattements fins, nuit | course lourde, claquements |
| Dégâts | emballages grignotés | cartons éventrés, bois rongé, isolant arraché |
| Odeur | faible | forte, ammoniaquée, persistante |
Pour trancher, la méthode la plus fiable reste le test de la farine : saupoudrer une fine couche de farine ou de talc sur 30 cm de large devant les passages suspects, et lire les empreintes 24 à 48 heures plus tard. Un piège photo infrarouge installé une nuit dans une cave donne une réponse encore plus nette, et évite de traiter une cave où il n'y a plus rien depuis deux ans.



