« J'ai envoyé la photo des crottes à mon frère, il m'a dit souris. Le voisin m'a dit rat. J'ai acheté des tapettes à souris, elles n'ont jamais bougé. Trois semaines plus tard, on a trouvé un surmulot mort derrière la chaudière. » Ce propriétaire de Créteil a perdu presque un mois sur une erreur d'identification. Ses pièges étaient trop petits, mal placés, et appâtés avec du fromage — un cliché qui ne correspond à aucune des deux espèces.
L'identification est la première étape de toute lutte contre les rongeurs, et c'est celle qu'on saute le plus souvent. Pourtant, tout en découle : le calibre du piège, l'emplacement, l'appât, le diamètre des trous à boucher, la hauteur à inspecter, et même la question de savoir si l'animal est protégé par la loi ou non.
Ce blog a déjà traité le piégeage mécanique des souris, les matériaux d'obturation et les accès en hauteur. Cet article traite un sujet distinct, en amont de tout le reste : lire les indices — crottes, traces, bruits, odeurs, rongements — pour savoir qui circule chez vous.

Les crottes : le premier indice, et le plus fiable
Un rongeur qui circule laisse des excréments en permanence, parce qu'il défèque en se déplaçant. C'est pour cela que les crottes sont l'indice le plus exploitable : elles sont nombreuses, elles indiquent les trajets, et leur forme est caractéristique de l'espèce.
| Espèce | Taille des crottes | Forme | Où on les trouve |
|---|---|---|---|
| Souris grise (Mus musculus) | 3 à 7 mm | Fuseau fin, pointu aux deux bouts, noir brillant quand récent | Tiroirs, fond de placard, derrière l'électroménager, le long des plinthes |
| Surmulot (Rattus norvegicus) | 15 à 20 mm | Gros grain de riz épais, bout arrondi, en tas | Cave, vide sanitaire, abords de regards, local poubelle, abri de jardin |
| Rat noir (Rattus rattus) | 10 à 15 mm | Plus fin et plus courbé que le surmulot, pointu | Combles, dessus de poutres, faîtage, isolant |
| Mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) | 4 à 6 mm | Proche de la souris, souvent plus clair, moins odorant | Garage, abri de jardin, cabanon, réserve de graines |
| Loir / lérot | 8 à 12 mm | Allongées, souvent groupées en latrine | Combles, caisson de volet roulant, laine de verre |
| Chauve-souris | 3 à 8 mm | Friables, s'écrasent en poudre d'insectes brillante | Sous une poutre, toujours à la verticale d'un point de sortie |
Deux repères pratiques qui évitent 80 % des erreurs :
- La règle du grain. Une crotte de souris ressemble à un grain de riz noir très fin. Une crotte de surmulot ressemble à un noyau d'olive. Il n'y a pas d'intermédiaire : si vous hésitez entre les deux, c'est généralement qu'il y a les deux espèces, ou que vous regardez des crottes de jeune rat.
- Le test d'écrasement. Une crotte fraîche de rongeur est souple et brillante ; au bout de quelques jours, elle durcit, ternit et devient grise. Une « crotte » qui s'effrite en poudre scintillante n'est pas celle d'un rongeur mais d'une chauve-souris — espèce intégralement protégée en France (arrêté du 23 avril 2007), qu'on ne déloge pas et qu'on ne traite pas. Le cas est détaillé dans notre article sur les bruits dans les combles.
Un point d'hygiène : on ne manipule jamais des excréments de rongeur à mains nues et on ne les balaie pas à sec. L'INRS rappelle que le balayage ou l'aspiration remettent en suspension des poussières contaminées. Pulvérisez un détergent désinfectant, laissez agir, ramassez à l'essuie-tout, et portez des gants nitrile jetables et un masque FFP2 avant de nettoyer un sol de cave ou un isolant souillé. Les leptospires, responsables de la leptospirose, survivent plusieurs semaines en milieu humide d'après Santé publique France.
Combien de crottes, pour combien d'animaux ?
Une souris produit 50 à 80 crottes par jour, un surmulot 30 à 40. Un comptage grossier dit donc quelque chose de l'ampleur du problème :
- quelques crottes dans un seul tiroir → un individu, un passage récent, situation encore simple ;
- des dizaines de crottes sur plusieurs trajets distincts, dans deux pièces différentes → population installée, reproduction probable ;
- des latrines (accumulations au même endroit, sur plusieurs centimètres d'épaisseur) → présence ancienne, souvent plusieurs mois, typique des combles et des caissons de volet.
Une astuce de professionnel : nettoyez complètement une zone, notez la date, revenez 48 heures plus tard. Ce qui réapparaît est forcément actif. C'est plus informatif que n'importe quelle photo postée sur un forum.
Les traces de gras, de frottement et de passage
Les rongeurs longent les murs et repassent par les mêmes itinéraires. Leur pelage, chargé de sébum et de poussière, dépose peu à peu un film gris-noir sur les surfaces frottées.
Cherchez ces traces de frottement :
- à l'angle entre un mur et un sol de cave, sur 2 à 5 cm de hauteur ;
- sur le bord inférieur d'une porte de garage ;
- autour d'un trou de passage, en auréole sombre ;
- sur un tuyau ou un câble emprunté comme passerelle.
Une auréole bien marquée signe une fréquentation longue et régulière : ce n'est pas un rongeur égaré, c'est un trajet domestique. Chez le surmulot, ces traces sont nettement visibles à l'œil nu. Chez la souris, elles sont plus discrètes et se repèrent mieux avec une lampe torche tenue presque parallèlement à la surface, en lumière rasante. Une lampe torche à faisceau orientable est franchement plus utile ici qu'une lampe frontale diffuse, parce que c'est l'angle d'éclairage qui révèle le dépôt.
Pour les trajets douteux, la vieille méthode du talc reste imbattable : saupoudrez une fine couche de farine ou de talc sur 30 cm de large devant un trou suspect, et relevez les empreintes le lendemain. Vous verrez la différence immédiatement :
- empreintes de 1 à 2 cm avec traînée de queue fine → souris ou mulot ;
- empreintes de 2 à 4 cm, écartées, traînée de queue épaisse → surmulot ;
- pas de traînée de queue mais des coussinets larges et des griffes → fouine ou martre, autre sujet et autre réglementation.
Les rongements : la signature la plus parlante
Les incisives d'un rongeur poussent en continu et doivent être usées. Ce qu'il ronge et comment il le ronge trahit l'espèce.
La souris fait de petits trous nets, à bords grignotés, de 2 à 3 cm de diamètre dans une plinthe, un carton, un sac de pâtes. Elle attaque de préférence les emballages souples et les angles de cartons. Elle grimpe sans difficulté et ne pèse presque rien : vous trouverez des dégâts dans les placards hauts de cuisine.
Le surmulot fait des ouvertures de 5 à 8 cm, aux bords arrachés, dans un bas de porte, un panneau de bois aggloméré, un plastique rigide, un tuyau PVC d'évacuation, parfois un conduit de gaine électrique. Ses morsures laissent deux sillons parallèles bien visibles. Il peut aussi creuser : un terrier de surmulot le long d'un mur de pavillon fait 5 à 8 cm de diamètre, avec une petite langue de terre devant.
Le loir et le lérot s'attaquent volontiers aux câbles et aux gaines dans les combles, et vident les fruits stockés. Ils laissent des coquilles de noix ouvertes proprement, en deux moitiés — un surmulot, lui, les déchiquette.
Le cas des câbles rongés mérite une attention particulière : c'est la source principale de risque d'incendie et de panne coûteuse, que ce soit dans un comble ou sous un capot. Nous l'avons détaillé pour les véhicules garés au pavillon. Un simple détecteur de fumée connecté dans un comble aménagé n'empêche rien, mais il prévient tôt — et il coûte moins cher qu'une réfection de charpente.





