« On a vu les boules blanches au bout des branches du pin début décembre. On s'est dit qu'on verrait ça au printemps. En mars, le chien est rentré avec la gueule gonflée et on a passé la soirée chez le vétérinaire de garde. » Ce propriétaire d'Ormesson-sur-Marne résume le piège classique : le nid de chenilles processionnaires du pin se voit en hiver, mais on attend le printemps pour s'en occuper — c'est-à-dire exactement le moment où il devient dangereux.
Entre novembre et février, les colonies sont concentrées, visibles, immobiles la journée, et encore relativement peu urticantes au tout début de l'hiver. C'est la fenêtre d'intervention la plus confortable de l'année. Passé la fin février, les chenilles ont mué plusieurs fois, elles sont bardées de poils urticants, elles descendent en file indienne et le risque bascule sur les enfants, les chiens et les chats.
Ce guide traite un point que les articles de prévention printaniers laissent de côté : l'échenillage hivernal — ce que la réglementation impose depuis 2022, la bonne période, ce que l'on peut faire soi-même ou pas, le coût d'une intervention, et surtout la question qui revient le plus souvent dans les pavillons du Val-de-Marne : le pin est chez le voisin, qu'est-ce que je peux exiger ?

Reconnaître un nid d'hiver et ne pas se tromper d'espèce
Le nid de Thaumetopoea pityocampa, la processionnaire du pin, est un sac de soie blanc nacré, de la taille d'un poing à celle d'un ballon de rugby, accroché à l'extrémité d'une branche, en général côté sud, dans le tiers supérieur de l'arbre. Il est opaque, bien visible quand le reste de la végétation est en repos, et il contient de quelques dizaines à plusieurs centaines de chenilles.
Trois confusions fréquentes :
- Le nid de processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea) : il n'a rien d'un sac en bout de branche. C'est une plaque soyeuse plaquée contre le tronc ou une grosse charpentière, en forme de poche aplatie. Elle apparaît au printemps, pas en hiver. Si vous voyez un amas de soie sur un chêne en décembre, ce n'est pas elle.
- La toile d'hyponomeute (sur aubépine, fusain, prunier) : voile fin, transparent, qui englobe tout un rameau feuillu. Aucun danger sanitaire.
- Un simple paquet d'aiguilles mortes retenues par de la résine : pas de soie dense, pas de crottes noires au fond.
Le détail qui tranche : au pied d'un pin habité, on trouve des amas de petits excréments noirs cylindriques et des aiguilles rongées. Et l'arbre présente des branches dégarnies en « coups de ciseaux », souvent dissymétriques.
Dans le département, les arbres concernés sont surtout les pins noirs d'Autriche, pins sylvestres et pins maritimes plantés dans les années 1970-1990 dans les lotissements, les parcs et les abords d'écoles — mais aussi les cèdres, qui peuvent être attaqués.
Pourquoi l'hiver est la bonne saison
Le cycle de l'insecte explique tout. Les papillons volent en été, les femelles pondent en manchon autour d'un rameau, les chenilles éclosent à l'automne et se développent durant tout l'hiver dans leur nid de soie, sortant la nuit se nourrir d'aiguilles. Quand les températures remontent — typiquement de fin février à avril en Île-de-France —, la colonie quitte l'arbre en procession pour s'enfouir dans le sol et se nymphoser.
D'où quatre arguments pour agir maintenant :
- Le nid est localisable. En hiver, l'absence de feuillage alentour et la couleur blanche rendent le repérage à la jumelle très simple ; au printemps, la colonie est déjà partie et vous ne traitez plus rien.
- La population entière est dans le sac. Retirer un nid, c'est supprimer plusieurs centaines d'individus d'un coup.
- Vous intervenez avant les processions, c'est-à-dire avant que les chenilles soient au niveau du sol, là où enfants et animaux les croisent.
- Vous cassez le cycle avant la ponte suivante. Chaque colonie non traitée donne des papillons en juillet-août, qui recoloniseront votre pin et ceux des voisins.
Attention tout de même : les poils urticants (la soie contient de la thaumétopoéine) sont déjà présents dès les troisième et quatrième stades larvaires, donc dès le milieu de l'hiver. « Hiver » ne veut pas dire « sans risque ».
Ce que dit la réglementation depuis 2022
Point important, souvent mal connu des propriétaires : les deux chenilles processionnaires (du pin et du chêne) ont été inscrites sur la liste des espèces végétales et animales nuisibles à la santé humaine par l'arrêté du 25 avril 2022, pris en application du décret n° 2022-686 du 25 avril 2022 (code de la santé publique, articles L.1338-1 et suivants). Les textes sont consultables sur Légifrance.
Concrètement, ce cadre :
- reconnaît officiellement le risque sanitaire (dermatite, conjonctivite, atteintes respiratoires, choc anaphylactique chez les personnes sensibilisées) ;
- donne au préfet et au maire la possibilité de prescrire des mesures de lutte, y compris sur des terrains privés ;
- permet au maire, au titre de ses pouvoirs de police générale (article L.2212-2 du code général des collectivités territoriales), de mettre en demeure un propriétaire de faire écheniller ses arbres lorsque la présence de nids crée un danger pour le voisinage, un trottoir, une cour d'école ou une aire de jeux.
Il n'existe pas d'obligation nationale uniforme et automatique d'écheniller chaque pin de France. En revanche, de nombreux arrêtés municipaux et préfectoraux imposent l'échenillage dans des zones identifiées. Avant toute démarche, le bon réflexe est d'appeler le service hygiène et santé de votre mairie pour savoir si un arrêté local existe sur votre commune — la réponse change la nature du dossier si le problème vient d'un voisin.
Et quelle que soit la réglementation, le principe de responsabilité civile reste : un propriétaire qui laisse proliférer des nids sur son terrain alors qu'il a été averti engage sa responsabilité en cas de dommage (article 1240 du code civil).
Quand l'arbre appartient au voisin
C'est le scénario le plus fréquent dans un lotissement de Champigny-sur-Marne, de Sucy-en-Brie ou de Villiers-sur-Marne : le gros pin noir est de l'autre côté du grillage, les nids sont bien visibles, et les chenilles descendent chez vous au printemps.
La marche à suivre, dans l'ordre :
- Parlez-lui, et documentez. Beaucoup de propriétaires ignorent simplement ce que sont ces boules blanches. Photographiez les nids depuis chez vous, datez les photos.
- Envoyez un courrier simple, puis une lettre recommandée avec accusé de réception si rien ne bouge. Mentionnez le risque sanitaire, l'inscription des processionnaires sur la liste des espèces nuisibles à la santé humaine (arrêté du 25 avril 2022) et votre demande d'échenillage avant les processions de printemps.
- Saisissez la mairie (service hygiène) : s'il existe un arrêté municipal, la commune peut mettre en demeure le propriétaire, et en cas de carence faire exécuter les travaux à ses frais.
- Conciliateur de justice, gratuit, en mairie ou au tribunal de proximité : c'est souvent plus efficace et plus rapide qu'une procédure.
- Trouble anormal de voisinage en dernier recours, devant le tribunal judiciaire, avec vos constats, les certificats médicaux et les factures vétérinaires.
Vous n'avez pas le droit de monter chez le voisin ni de couper ses branches, même porteuses de nids. Le droit d'élagage des branches qui avancent chez vous (article 673 du code civil) vous permet d'exiger qu'il les coupe, pas de le faire à sa place sans accord. La même logique que pour les rongeurs qui arrivent d'un terrain voisin s'applique, et nous l'avons détaillée dans notre guide sur les rats venus de la rue ou du terrain voisin.




