Le 7 juillet 2026, un scarabée japonais (Popillia japonica) a été capturé à Pont (Côte-d'Or), à proximité d'un axe routier majeur. L'identification a été confirmée le lendemain par le laboratoire national de référence de l'ANSES (unité d'entomologie et botanique). Il s'agit de la deuxième détection en région Bourgogne-Franche-Comté en moins d'un mois — la première datait du 16 juin à Écot, dans le Doubs. La préfecture et la DRAAF Bourgogne-Franche-Comté ont immédiatement renforcé le piégeage et appellent la population à signaler toute observation. Voici pourquoi cet insecte de moins d'un centime d'euro préoccupe autant les services sanitaires, et ce qu'il faut faire — ou ne pas faire — si vous en croisez un dans votre jardin.
Le scarabée japonais, un ravageur sous haute surveillance
Originaire du Japon et présent massivement en Amérique du Nord depuis le début du XXᵉ siècle, Popillia japonica a progressivement colonisé l'Europe. Il a été détecté pour la première fois en Italie en 2014, puis en Suisse en 2017, et en France dans le Haut-Rhin à l'été 2025. Sa progression est étroitement liée aux hivers de plus en plus doux et aux flux de transport routiers et ferroviaires depuis la zone alpine.
L'insecte est aujourd'hui classé par l'Union européenne comme « organisme de quarantaine prioritaire » au titre du règlement d'exécution UE 2019/2072. Concrètement, sa détection, sa détention, son transport et sa dissémination sont interdits, et les États membres ont l'obligation légale de mettre en œuvre surveillance, piégeage et, si possible, éradication. En France, la DGAL (Direction générale de l'alimentation) coordonne le dispositif, appuyée par les DRAAF en région et par les FREDON (Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles).
À quoi ressemble-t-il vraiment ?
Le reconnaître n'est pas évident, car il peut être confondu avec le hanneton des jardins (Phyllopertha horticola) ou le hanneton horticole, deux espèces communes et inoffensives. Quelques critères discriminants :
- Taille : environ 10 mm de long et 6 mm de large — plus petit qu'une pièce d'1 centime d'euro.
- Corps vert métallique brillant sur le dos, avec des élytres brun-cuivré qui ne couvrent pas entièrement l'abdomen.
- Signe distinctif majeur : cinf touffes de soies blanches disposées de part et d'autre de l'abdomen et une touffe supplémentaire à l'extrémité postérieure — au total, six touffes caractéristiques. Le hanneton des jardins, lui, n'en a aucune.
- Antennes en forme de massue (lamellicornes), comme tous les scarabéidés.

Les adultes volent en plein soleil de juin à septembre, avec un pic en juillet — exactement la fenêtre de la capture de Pont. Ils s'alimentent le jour et se regroupent souvent en grand nombre sur une même feuille ou un même fruit, un comportement grégaire que n'ont pas nos hannetons européens.
Plus de 300 plantes hôtes, des vignes aux rosiers
Si l'insecte est minuscule et inoffensif pour l'homme (il ne pique pas, ne mord pas, ne transmet pas de maladie), sa capacité de nuisance est considérable : il est extrêmement polyphage, avec plus de 300 espèces végétales recensées comme hôtes. Parmi les plus concernées en France :
- La vigne, enjeu économique majeur en Bourgogne-Franche-Comté (la Côte-d'Or est au cœur du vignoble de Bourgogne).
- Les arbres fruitiers : pommier, prunier, cerisier, pêcher, abricotier.
- Les petits fruits : fraisier, framboisier, myrtillier, vigne.
- Le maïs, le soja et le tournesol, qui représentent un risque pour les grandes cultures.
- Les essences ornementales : tilleul, érable, marronnier, platane, rosier, lilas, glycine.
- Les pelouses et gazons, où les larves (vers blancs) s'attaquent aux racines pendant l'automne et l'hiver.
L'adulte défolie les parties aériennes en quelques jours : une feuille de tilleul peut être intégralement « squelettisée » par un groupe de 30 à 50 adultes en moins d'une semaine. Les dégâts sont comparables à ceux causés par la chrysomèle du maïs ou, en plus brutal, par certaines processionnaires — consultez notre dossier sur les chenilles processionnaires du chêne, l'autre ravageur estival de 2026 pour comprendre la mécanique des pullulations liées à la chaleur.
Pourquoi la détection de Pont inquiète
Trois éléments rendent la capture du 7 juillet 2026 particulièrement préoccupante :
- La position géographique : la commune de Pont (21130) se situe à proximité immédiate de l'A31, axe majeur qui relie la Bourgogne à la Lorraine et au Luxembourg. Un insecte « auto-stoppeur » peut, en quelques heures, être transporté sur des centaines de kilomètres.
- Le contexte viticole : la Côte-d'Or est le premier département français en superficie de vignes d'appellation. Une installation durable de Popillia japonica pourrait compromettre jusqu'à 30 % de récolte sur les parcelles les plus exposées, selon les retours d'expérience italiens.
- L'historique récent : la première détection française dans le Haut-Rhin en 2025, puis celle d'Écot le 16 juin 2026, dessinent une progression nord-ouest qui rappelle la dynamique observée en Italie du Nord entre 2014 et 2020.
Pour toutes ces raisons, la DRAAF Bourgogne-Franche-Comté a déclenché un renforcement immédiat du piégeage (pièges à phéromones et pièges attractifs alimentaires) sur les communes situées dans un rayon de 5 km autour de Pont, ainsi qu'un dispositif de prospection sur les axes routiers et ferroviaires.



