Introduction : l'infestation qui ne passe pas par la porte
Chaque automne, les entreprises de dératisation entendent la même phrase : « je ne comprends pas, tout est fermé chez moi ». C'est généralement vrai au niveau des portes et des fenêtres. Et c'est précisément pour cela que le problème n'est pas résolu.
Un rongeur ou une blatte germanique n'emprunte pas les circulations humaines. Il emprunte les circulations techniques : le vide sanitaire sous le plancher bas, les gaines électriques qui montent du sol au tableau, les traversées de murs des arrivées d'eau, les fourreaux de télécom, les évacuations de hotte, les trémies de colonnes en immeuble. Ce réseau est continu, chauffé, sombre, et il relie le sol extérieur à votre cuisine sans jamais croiser une serrure.
L'enquête Ipsos relayée en 2022 puis réactualisée en 2026 rappelle qu'environ 62 % des Français ont connu une infestation de nuisibles au cours des cinq dernières années. Dans une large part des cas résidentiels, le point d'entrée identifié par les techniciens n'est ni une porte ni une fenêtre, mais un défaut d'étanchéité au niveau du plancher bas ou d'une traversée de réseau.
Cet article ne reprend pas nos contenus sur les rongeurs dans les combles, les caves d'immeuble ou les souris en hiver. Il traite d'un angle précis et technique : la couche basse du bâtiment et ses réseaux, ce qu'il faut y inspecter, et comment refermer ces passages avant les premiers froids de l'hiver 2026-2027.

Comprendre le vide sanitaire : pourquoi c'est un habitat parfait
Le vide sanitaire est l'espace libre, généralement de 20 cm à 1,20 m de hauteur, ménagé entre le sol naturel et le plancher bas d'une construction. Il sert à isoler le bâti de l'humidité du terrain et à faire passer les réseaux. Sa ventilation est obligatoire : des orifices d'aération traversent le soubassement de part en part.
Du point de vue d'un mulot, d'un rat surmulot ou d'une souris, cet espace cumule tous les critères d'un gîte idéal :
- température tamponnée : 8 à 14 °C en hiver, contre parfois –5 °C dehors ;
- obscurité totale et absence de prédateurs ;
- matériaux nidificateurs à volonté si de l'isolant, des cartons ou des gravats y traînent ;
- réseaux à suivre : chaque tuyau est un couloir balisé vers l'intérieur ;
- aucune surveillance humaine : un vide sanitaire n'est visité, en moyenne, que lors d'un sinistre.
Le piège est que la ventilation réglementaire du vide sanitaire est indispensable — on ne la bouche jamais. Toute la question est de la rendre franchissable par l'air et infranchissable par un rongeur.
Les trois défauts qu'on retrouve dans 80 % des cas
- Orifices d'aération sans grille ou munis d'une grille plastique moulée, cassée ou dégondée. Une souris passe par un orifice de 6 mm, un rat par 20 mm.
- Trappe de visite en bois aggloméré, posée sans joint, rongée sur un angle.
- Traversées de réseaux non rebouchées : le maçon laisse un jeu de 2 à 5 cm autour du tuyau d'eau ou du fourreau électrique, jamais refermé après coup.
Les gaines techniques : le réseau vertical oublié
Dans un logement, une gaine technique logement (GTL) ou une colonne technique d'immeuble relie plusieurs niveaux. En maison individuelle, les fourreaux ICTA qui montent du vide sanitaire vers les boîtiers électriques créent le même effet de cheminée.
Ce que cela produit concrètement :
| Type de passage | Nuisible concerné | Signe typique |
|---|---|---|
| Fourreau électrique non obturé | souris, mulot | bruits de grattage derrière une prise, gaine percée |
| Trémie de colonne d'immeuble | rats, blattes | cafards sous l'évier de plusieurs étages d'un même appartement-type |
| Passage de canalisation d'évier | blatte germanique | individus observés la nuit autour du siphon |
| Évacuation de hotte en façade | souris, guêpes | bruits au-dessus de la plaque de cuisson |
| Fourreau télécom/fibre | souris | câble dénudé, micro-coupures |
En copropriété, le phénomène est documenté : une infestation de blattes germaniques dans une seule cuisine se propage le long des gaines de plomberie verticales jusqu'aux logements situés au-dessus et en dessous. C'est pourquoi un traitement appartement par appartement échoue presque toujours, et pourquoi une intervention doit être pensée sur la colonne entière. Nous détaillons la répartition des responsabilités dans notre article sur les nuisibles en copropriété et en location.
Le cas des canalisations d'eaux usées
Le rat surmulot (Rattus norvegicus) est un nageur et un grimpeur. Il remonte les réseaux d'assainissement et ressort par :
- un siphon de sol de cave ou de garage asséché (le siphon sec ne fait plus barrière) ;
- une boîte de branchement à tampon fissuré ;
- un regard de visite non verrouillé ;
- plus rarement, une cuvette de WC via la colonne de chute en cas de défaut majeur.
La parade est connue des services d'assainissement : le clapet anti-retour anti-rongeur installé sur le branchement, et le maintien en eau permanente des siphons de sol (un demi-litre d'eau tous les quinze jours suffit dans un garage peu utilisé).
Diagnostic : la tournée d'inspection à faire en octobre
Comptez une heure et demie pour une maison individuelle. Le bon moment est maintenant : avant que le froid ne pousse les populations vers l'intérieur, et avec encore assez de lumière en fin de journée.
Étape 1 — Le tour extérieur du soubassement
Avancez lentement, à 50 cm du mur, le regard au sol. Repérez :
- tous les orifices d'aération : comptez-les, photographiez-les, notez l'état de la grille ;
- les trous de terrier : 4 à 8 cm de diamètre, souvent contre une fondation, avec une petite coulée de terre devant ;
- les coulures grasses noirâtres : ce sont des traces de passage répété (le « smear mark ») ;
- les traversées de réseaux : compteur d'eau, gaine électrique, arrivée gaz, câble fibre.
Une lampe torche puissante à faisceau concentré change radicalement la qualité de l'inspection : les traces de frottement n'apparaissent qu'en lumière rasante.
Étape 2 — L'intérieur du vide sanitaire
Si la hauteur le permet et uniquement avec une ventilation préalable de la trappe pendant 20 minutes (risque de confinement et, dans certaines régions, de radon) :
- cherchez les crottes : 4-6 mm pour la souris, 1,5-2 cm pour le rat ;
- repérez les nids : boules de laine de verre déchiquetée, papier, plastique mâché ;
- vérifiez chaque passage de tuyau vers le haut.
Si l'accès est trop bas ou inconfortable, une caméra d'inspection endoscopique à écran déporté permet d'explorer les angles depuis la trappe sans s'engager dans l'espace. C'est aussi l'outil qui tranche entre « bruit de dilatation » et « activité biologique ».
Étape 3 — L'intérieur du logement, au niveau du sol
À genoux, lampe en main, inspectez :
- derrière le lave-vaisselle et le lave-linge (passages d'alimentation et d'évacuation) ;
- sous l'évier, au point d'entrée du siphon dans le mur ;
- la plinthe d'angle des pièces humides ;
- le socle du tableau électrique et chaque boîte de dérivation basse.
Le test du papier buvard reste redoutable : saupoudrez une fine pellicule de farine ou de talc sur 20 cm devant un passage suspect, revenez 48 h plus tard. Les empreintes et la traînée de queue sont sans ambiguïté.



