« On a visité trois fois, on a signé en juin, et en septembre on entendait courir au-dessus de la chambre. L'isolation des combles était bonne à refaire : 6 000 euros. » Ce récit, un couple de Villiers-sur-Marne nous l'a fait presque mot pour mot l'an dernier. Le vendeur n'avait rien dit. Et il n'était, juridiquement, pas forcément obligé de le dire.
Voilà la première chose à comprendre quand on achète un pavillon dans le Val-de-Marne : aucun diagnostic immobilier obligatoire ne porte sur les rongeurs. Le dossier de diagnostic technique (DDT) prévu par les articles L. 271-4 et suivants du code de la construction et de l'habitation couvre l'amiante, le plomb, le gaz, l'électricité, les termites dans les zones arrêtées par le préfet, l'état des risques, le DPE, l'assainissement. Pas les rats, pas les souris, pas les fouines, pas les chenilles processionnaires du pin dans le cèdre du fond du jardin. L'acheteur est donc son propre inspecteur — et il a en moyenne deux visites de quarante minutes pour détecter ce qu'un professionnel repère en vingt.
Ce guide reprend, dans l'ordre d'une visite réelle, les signes à chercher, les questions à poser au vendeur, ce qu'on peut faire entre le compromis et l'acte authentique, et les quelques cas où le vice caché est réellement mobilisable.

Ce qu'une infestation coûte vraiment après l'achat
Avant de parler technique, parlons budget, parce que c'est ce qui rend l'inspection rentable.
| Poste | Ordre de grandeur constaté |
|---|---|
| Traitement de dératisation complet (pavillon + jardin, plusieurs passages) | 250 à 600 € |
| Dépose + remplacement d'isolation soufflée souillée dans des combles de 60 m² | 3 000 à 8 000 € |
| Reprise d'un réseau électrique rongé en comble | 800 à 3 000 € |
| Obturation durable des points d'entrée (grilles, bavettes, gaines) | 400 à 1 500 € |
| Échenillage d'un pin infesté de processionnaires | 150 à 400 € par arbre |
Ces montants ne sont presque jamais pris en charge par l'assurance de l'acheteur : un sinistre antérieur à l'achat, ou relevant de l'entretien, est exclu des contrats multirisque habitation. Nous détaillons les rares exceptions dans notre article sur ce que couvre l'assurance habitation en cas de dégâts de rongeurs. Autrement dit : tout ce que vous n'avez pas vu avant de signer, vous le payez.
À l'extérieur : ce qui se voit depuis le trottoir
La visite commence avant d'entrer. Faites le tour complet de la parcelle, carnet en main, et ne vous laissez pas embarquer directement dans le salon par l'agent.
Les traces au sol
Le surmulot (Rattus norvegicus), espèce dominante en Île-de-France, est un rongeur fouisseur. Il laisse des indices très lisibles :
- Des trous de 5 à 8 cm de diamètre, aux bords nets et lissés, au pied d'une dalle, sous un abri de jardin posé sur parpaings, le long d'un mur de clôture ou au bord d'un talus.
- Des coulées : des passages de terre tassée, sans herbe, de 5 à 10 cm de large, entre la haie et le composteur ou le long d'un muret. Un rat emprunte toujours le même itinéraire.
- Des déjections : fuseaux sombres de 1,5 à 2 cm pour le surmulot, 4 à 7 mm pour la souris.
- Des grains ou croquettes stockés dans un angle de garage ou sous une marche.
Regardez aussi le composteur et le poulailler, devenus omniprésents dans les pavillons depuis la généralisation du tri des biodéchets au 1er janvier 2024 (loi AGEC, article L. 541-21-1 du code de l'environnement). Un composteur en plastique posé à même la terre, avec des trous à sa base, est un signal fort : voyez notre plan jardin pour les rats au composteur et au poulailler.
La façade et la toiture
Levez les yeux, et prenez des photos en zoomant. Une petite paire de jumelles compactes rend la toiture lisible depuis le jardin : tuiles soulevées en rive, about de chevron ouvert, grille de ventilation de toiture arrachée, bavette de cheminée descellée. Vérifiez aussi la présence de fientes ou de plumes dans les gouttières — les pigeons et les rongeurs empruntent souvent les mêmes accès.
Au niveau du sol, inspectez les pénétrations de réseaux : arrivée d'eau, gaine électrique, évacuation de condensats de climatisation, passage de câble télécom. Un interstice de 6 mm suffit à une jeune souris, 2 cm à un surmulot.
Le voisinage et le contexte
Dans le 94, le contexte compte autant que la maison. Vérifiez :
- la proximité d'un chantier (les travaux de la ligne 15 du Grand Paris Express ont déplacé des colonies dans plusieurs secteurs de Champigny, Créteil et Saint-Maur) ;
- la présence d'une friche, d'un local poubelle collectif, d'un marché, d'un restaurant à moins de cent mètres ;
- la proximité des berges de la Marne : les crues chassent les rongeurs des égouts et des terriers de berge vers les caves et les sous-sols des pavillons ;
- l'état du terrain voisin : si la question se pose, lisez notre article sur les recours quand les rats viennent de la rue ou d'un terrain voisin.
Un simple passage sur le site de la commune (service communal d'hygiène et de santé, bulletin municipal) vous dira si une campagne de dératisation a été menée récemment dans le quartier.
À l'intérieur : la visite pièce par pièce
Les combles, la pièce la plus informative
Si vous ne deviez faire qu'une chose, ce serait monter dans les combles. Demandez-le explicitement à l'agent dès la première visite, et venez avec une lampe torche rechargeable puissante — l'éclairage du téléphone ne suffit pas sous une toiture.
Ce qu'il faut chercher :
- des galeries creusées dans la laine de verre ou la ouate soufflée, un isolant tassé en cuvette ;
- des crottes alignées le long des pannes et des murets ;
- des traces de passage grasses (marques sombres brillantes) sur les bois à proximité d'un trou ;
- une odeur ammoniaquée persistante, typique des urines de rongeurs ;
- des câbles électriques dont la gaine est entaillée, et des copeaux de PVC au sol ;
- des coquilles de noisette, noyaux, plumes ou restes de proies, qui orientent plutôt vers la fouine ou le loir.
Notre guide rongeurs dans les combles et isolation soufflée détaille comment distinguer une activité ancienne d'une colonisation en cours. Et si le vendeur évoque « des bruits, mais c'est juste des oiseaux », l'article sur les bruits dans les combles — fouine, loir ou chauve-souris vous donnera de quoi recouper.

La cave, le vide sanitaire et le garage
Dans les pavillons meulière des années 1900-1930 fréquents à Saint-Maur, Nogent ou Joinville, la cave et le vide sanitaire concentrent l'essentiel du risque.
Cherchez les trous au pied des murs, les soupiraux sans grille, le tampon de regard d'eaux usées mal scellé, le départ de canalisation non rebouché. Une lingette humide passée au bas d'un mur fait ressortir les traces grasses. Regardez aussi le niveau des traces d'humidité : un sous-sol régulièrement inondé après un épisode de crue, c'est à la fois un problème de bâti et une porte d'entrée pour les rongeurs. Les gaines techniques et le vide sanitaire sont, dans ces maisons, les vraies autoroutes.
La cuisine, la buanderie et les placards
Ouvrez les meubles bas. Tirez le lave-vaisselle et la plaque de propreté derrière le four si c'est possible. Les signes classiques :
- joints de plinthe rongés, coins de panneaux d'aggloméré grignotés ;
- sachets de farine ou de riz percés dans un placard de réserve ;
- traces noires autour du passage de tuyau d'évacuation sous l'évier ;
- blocs d'appât ou pièges oubliés dans un coin — c'est l'indice le plus parlant de tous. Un poste d'appâtage sous l'évier signifie qu'il y a eu un problème, et personne ne l'écrira dans l'annonce.
Photographiez systématiquement. Un ensemble de pièges à souris réutilisables encore en place dans un garage vaut n'importe quel aveu verbal.
Les odeurs, les sons et les détails
Visitez si possible en fin de journée ou le matin tôt : les rongeurs sont crépusculaires et nocturnes, et un grattement derrière une cloison ou au plafond se perçoit mieux dans le calme. Méfiez-vous d'une maison surparfumée, désodorisants partout, fenêtres ouvertes en plein mois d'octobre : ce n'est pas une preuve, mais c'est une question à poser.



