Cheminées et poêles à bois : pourquoi le conduit et le stock de bûches font entrer les nuisibles en octobre

L'équipe AntinuisiblePro · Publié le 5 octobre 2026 · 13 min de lecture
Lit double avec couvre-lit vert et coussins dans une chambre aux murs bruns capitonnés

Introduction : le premier feu de la saison révèle six mois d'occupation

Entre la mi-octobre et la Toussaint, des millions de foyers français rallument leur poêle, leur insert ou leur cheminée ouverte. C'est aussi la période où les entreprises de dératisation et de désinsectisation enregistrent une catégorie d'appels très particulière : des bruits dans le conduit, des insectes qui sortent du panier à bûches, des crottes de rongeurs derrière le tas de bois.

Le lien de cause à effet est rarement fait par les occupants, et pourtant il est direct. Un conduit de cheminée inutilisé d'avril à octobre est, du point de vue d'un oiseau, d'un loir ou d'une guêpe, une cavité verticale sèche, abritée du vent et des prédateurs. Un stère de bois empilé contre un mur de façade est, du point de vue d'un mulot ou d'une vrillette, un habitat cinq étoiles livré à domicile.

Selon l'ADEME, près de 7 millions de foyers se chauffent au bois en France, dont une large part en appoint. Ce mode de chauffage, encouragé pour des raisons énergétiques, crée mécaniquement deux points d'entrée que les guides classiques sur les rongeurs ou les insectes ne traitent presque jamais : le conduit et le bois de chauffage lui-même.

Cet article ne reprend pas nos contenus sur les rongeurs dans les combles ni sur les nids de guêpes de fin d'été. Il traite d'un angle précis et saisonnier : ce qu'il faut inspecter, obturer et déplacer avant d'allumer le premier feu de l'hiver 2026-2027.

Lit double avec couvre-lit vert et coussins dans une chambre aux murs bruns capitonnés

Qui s'installe dans un conduit de cheminée entre avril et octobre ?

Un conduit maçonné ou tubé offre une température stable, une humidité faible et une protection totale contre la pluie et les prédateurs terrestres. Quatre catégories d'occupants reviennent systématiquement.

Les oiseaux cavernicoles

Le choucas des tours (Corvus monedula) est le cas le plus fréquent en France métropolitaine. Il construit un nid volumineux fait de branchages, parfois plusieurs dizaines de centimètres de hauteur, qui obstrue le conduit. Les conséquences sont doubles : refoulement des fumées et risque d'intoxication au monoxyde de carbone.

Point juridique essentiel : le choucas des tours est une espèce protégée au titre de l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. La destruction des nids occupés et la capture des individus sont interdites hors dérogation préfectorale. En pratique, le retrait d'un nid ne peut se faire qu'après l'envol des jeunes, c'est-à-dire précisément à partir de la fin de l'été et en automne. D'où l'importance de la fenêtre septembre-octobre.

Le martinet noir et l'étourneau sansonnet utilisent également les souches de cheminée, mais quittent les lieux plus tôt dans la saison.

Les guêpes et les frelons

Une colonie de guêpes communes peut parfaitement installer son nid dans un conduit désaffecté ou dans l'espace entre la souche et le tubage. Le signal d'alerte est un va-et-vient régulier au niveau du chapeau observable de l'extérieur en juillet-août. En octobre, la colonie décline et meurt avec les premières gelées : le nid vide n'est plus dangereux, mais ses matériaux restent combustibles et peuvent entretenir un feu de conduit.

Les loirs, lérots et mulots

Le loir gris (Glis glis) et le lérot (Eliomys quercinus) sont les grands spécialistes des cavités de bâti. Un conduit tubé en inox avec une lame d'air périphérique, ou un coffrage de poêle, leur offre un couloir parfait. Leurs bruits sont caractéristiques : grattements et déplacements nocturnes, parfois des « roulements » d'objets stockés.

Attention : le loir gris bénéficie lui aussi d'un statut d'espèce protégée en France (arrêté du 23 avril 2007 relatif aux mammifères protégés). Les méthodes létales sont proscrites ; seules l'exclusion mécanique et, sous conditions, la capture-relâcher sont envisageables.

Les chauves-souris

Toutes les espèces de chiroptères sont intégralement protégées en France. Une colonie installée dans un conduit impose de contacter le Groupe Chiroptères régional ou la LPO avant toute intervention. L'obturation en période d'hibernation (novembre à mars) équivaut à une mise à mort et expose à des sanctions pénales.

Règle générale : avant d'obturer, de fumiger ou de démonter quoi que ce soit dans un conduit, identifiez l'occupant. Plusieurs espèces concernées sont protégées, et l'erreur se paie à la fois sur le plan légal et sur le plan sanitaire (cadavre en décomposition dans le conduit).

Le ramonage : une obligation qui sert aussi de diagnostic nuisibles

Le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 a harmonisé les règles de ramonage en France. Depuis le 1er octobre 2023, il impose :

Type d'installationFréquenceIntervenant
Combustibles solides (bois, charbon, granulés)2 ramonages par an, dont un en période de chauffeProfessionnel qualifié
Combustibles liquides ou gazeux1 ramonage par anProfessionnel qualifié

Le ramoneur délivre un certificat de ramonage mentionnant notamment la vacuité du conduit sur tout son parcours. Ce document est exigé par la plupart des assureurs en cas de sinistre incendie.

Ce rendez-vous annuel est le meilleur moment pour faire un diagnostic nuisibles. Demandez explicitement au professionnel :

  • s'il a trouvé des matériaux de nid (branchages, mousses, plumes, papier mâché) ;
  • si le chapeau de cheminée est présent et en bon état ;
  • s'il existe des fissures ou des jours entre la souche et la toiture ;
  • si le conduit est tubé, et si la lame d'air périphérique est obturée en tête.

Un détecteur de monoxyde de carbone installé dans la pièce de chauffe reste le filet de sécurité indispensable : il signalera un refoulement lié à une obstruction partielle avant que les symptômes n'apparaissent. Santé publique France rappelle que le monoxyde de carbone provoque chaque année environ une centaine de décès accidentels en France, avec un pic entre octobre et mars.

Obturer sans étouffer : le chapeau et le grillage anti-intrusion

La solution de prévention est simple, peu coûteuse et durable : équiper la sortie de conduit d'un dispositif grillagé.

Les caractéristiques qui comptent

  • Maille de 10 à 13 mm : suffisamment fine pour bloquer oiseaux, loirs et rongeurs, suffisamment ouverte pour ne pas s'encrasser trop vite avec les suies. Une maille inférieure à 8 mm se colmate en une saison sur un appareil bois.
  • Acier inoxydable ou galvanisé à chaud : l'acier nu rouille en deux hivers au contact des condensats acides.
  • Démontable : le ramoneur doit pouvoir y accéder. Un grillage soudé définitivement sera arraché à la première intervention.
  • Compatible avec l'appareil : sur les poêles à granulés à sortie ventouse ou concentrique, les grilles standard de cheminée ne conviennent pas ; il existe des grilles anti-rongeurs pour ventouse spécifiques.

Un chapeau de cheminée anti-pluie grillagé en inox règle d'un coup le problème de l'intrusion animale, celui des entrées d'eau et, partiellement, celui du refoulement par vent. Comptez une pose par un couvreur ou un ramoneur : l'intervention en toiture n'est pas un bricolage de fin de semaine.

Les conduits désaffectés

Un conduit abandonné et non obturé est l'un des points d'entrée les plus sous-estimés du bâti ancien. Il faut l'obturer aux deux extrémités :

  • en tête, par une dalle ou un chapeau plein ;
  • en pied, par un bouchon rigide (laine de roche + plaque, ou obturateur gonflable permanent).

Mais attention : un conduit totalement étanche aux deux bouts condense. La pratique recommandée par les professionnels est de laisser une ventilation grillagée de faible section à chaque extrémité, qui empêche l'intrusion tout en assurant un balayage d'air.

Le bois de chauffage : le cheval de Troie le plus courant

C'est l'angle mort absolu. On protège la maison, on obture le conduit, et on fait entrer chaque jour dans le salon un panier de bûches prélevé sur un tas posé à même le sol contre le mur nord.

Lit avec draps blancs et oreillers gris, bol de myrtilles, cadres posés au sol dans une chambre

Ce que contient un stère mal stocké

Les insectes xylophages. Les bûches de feuillus fraîchement abattues ou mal séchées abritent fréquemment :

  • des capricornes des maisons et autres longicornes, dont les larves creusent des galeries sous l'écorce ;
  • des vrillettes (Anobium punctatum, grosse vrillette Xestobium rufovillosum) ;
  • des scolytes, très visibles par leurs dessins en galeries sous l'écorce ;
  • des lyctus, qui s'attaquent aux feuillus à gros pores (chêne, frêne, châtaignier).

Point rassurant à poser clairement : la grande majorité de ces insectes ne s'attaque pas aux bois de structure secs d'une maison. Les scolytes et la plupart des longicornes du bois de chauffage ont besoin d'écorce et d'un taux d'humidité élevé. Le vrai risque, documenté par le CTBA et repris par les traiteurs de charpente, concerne les vrillettes et les lyctus, qui peuvent coloniser des bois d'œuvre si les conditions d'humidité sont réunies.

Les arachnides et les hyménoptères. Un tas de bois est un hivernage classique pour les araignées, les perce-oreilles, les coccinelles asiatiques et les reines de guêpes et de frelons fécondées qui cherchent une anfractuosité pour passer l'hiver. D'où ces « guêpes en plein janvier » qui se réveillent dans un salon chauffé à 21 °C.

Les rongeurs. Un tas de bûches posé au sol, contre un mur, forme un réseau de galeries sèches avec des dizaines d'entrées. Mulots, campagnols et souris s'y installent en octobre, puis explorent le mur attenant à la recherche d'un passage vers le bâti.

Les cinq règles de stockage qui changent tout

  1. Jamais contre le mur de la maison. Visez au moins 1 à 2 mètres de distance, voire un abri indépendant au fond du jardin. C'est la règle la plus importante, et celle qu'on respecte le moins.
  2. Jamais à même le sol. Un stockage sur palettes, ou mieux sur un support à bûches surélevé, coupe la remontée d'humidité et supprime les galeries au ras du sol.
  3. Couvrir le dessus, laisser les côtés ouverts. Une bâche intégrale emprisonne l'humidité et crée exactement le microclimat recherché par les xylophages. Couvrez uniquement le sommet.
  4. Bois sec, mesuré. En dessous de 20 % d'humidité, le bois cesse d'être attractif pour la plupart des insectes et brûle correctement. Un humidimètre pour bois de chauffage coûte quelques dizaines d'euros et évite à la fois le bistrage du conduit et l'importation d'insectes vivants.
  5. Rentrer la quantité d'un à deux jours maximum. Pas de réserve d'une semaine dans le salon. Le passage de 5 °C à 20 °C réveille tout ce qui dormait dans l'écorce.

Ne traitez jamais chimiquement du bois de chauffage. Les insecticides appliqués sur des bûches destinées à la combustion dégagent des composés toxiques à la chauffe. La seule méthode valable est mécanique et logistique : séchage, surélévation, éloignement, rotation.

Le protocole d'inspection avant le premier feu

À faire une fois par an, idéalement en octobre, avant d'allumer.

À l'extérieur

  • Observer la souche de cheminée aux jumelles : chapeau présent ? maçonnerie fissurée ? branchages dépassant du conduit ?
  • Vérifier les solins et les abergements en pied de souche — un jour de 2 cm suffit à un lérot.
  • Contrôler les sorties ventouse des poêles à granulés : la grille d'origine est souvent trop large et se déforme.
  • Déplacer le tas de bois s'il est collé à la façade, et nettoyer le sol sous l'ancien emplacement (nids, terriers, galeries).

À l'intérieur

  • Ouvrir le registre ou la trappe de ramonage et inspecter à la lampe : débris de nid, plumes, coquilles, fientes ?
  • Vérifier l'étanchéité du coffrage autour d'un insert ou d'un tubage : les passages de gaine sont des autoroutes pour les rongeurs.
  • Poser des bandes d'étanchéité ou de la laine d'acier anti-rongeurs dans les interstices autour des conduits traversant les planchers. La laine d'acier inoxydable est la seule matière que les rongeurs ne rongent pas durablement.
  • Contrôler la date de péremption du détecteur de monoxyde de carbone (durée de vie typique : 7 à 10 ans).

Les signaux qui imposent d'appeler un professionnel

Signal observéInterprétation probableAction
Refoulement de fumée dès l'allumageConduit partiellement obstrué (nid)Arrêt immédiat du feu, ramoneur
Grattements nocturnes dans le coffrageLoir, lérot ou rongeur installéIdentification avant toute obturation
Odeur de putréfaction à la chauffeAnimal mort dans le conduitRamonage/dépose, désinfection
Petits tas de sciure fine sous les poutresActivité xylophage sur le bâtiDiagnostic charpente
Insectes volants répétés en plein hiverHivernants réveillés par la chaleurRevoir le stockage du bois

Personne en pyjama passant l'aspirateur balai sur le sol blanc d'une chambre, à côté d'un lit

Copropriété, location : qui fait quoi ?

En location, le ramonage et l'entretien courant des conduits sont, au titre du décret n° 87-712 du 26 août 1987 relatif aux réparations locatives, à la charge du locataire. En revanche, la réfection d'une souche dégradée, la pose d'un chapeau manquant ou le tubage relèvent du propriétaire, qui doit délivrer un logement décent et en bon état d'usage.

En copropriété, les conduits de fumée collectifs et les souches en toiture sont généralement parties communes : l'obturation grillagée des sorties relève alors d'une décision d'assemblée générale et du budget du syndicat. Les démarches sont proches de celles décrites dans notre article sur les nuisibles en copropriété et en location : faire constater, signaler par écrit au syndic, demander l'inscription à l'ordre du jour.

Pour un diagnostic complet du bâti et des points d'entrée, nos équipes interviennent sur rendez-vous — voir la page services. Pour l'équipement de prévention (grilles, laine d'acier, pièges mécaniques, détecteurs), consultez notre sélection en boutique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un conduit inutilisé six mois par an est une cavité attractive pour les oiseaux, les loirs, les guêpes et les chiroptères.
  • Plusieurs des espèces concernées — choucas, loir gris, chauves-souris — sont protégées : identifier avant d'agir est une obligation légale, pas une précaution.
  • Le ramonage deux fois par an (décret du 20 juillet 2023) est à la fois une obligation réglementaire, une sécurité incendie et le meilleur diagnostic nuisibles disponible.
  • Un chapeau grillagé démontable en inox, maille 10-13 mm, règle durablement l'intrusion par le conduit.
  • Le bois de chauffage mal stocké est le vecteur le plus courant et le plus ignoré : à 1-2 m de la façade, surélevé, couvert seulement sur le dessus, sous 20 % d'humidité, rentré au jour le jour.
  • Un détecteur de monoxyde de carbone à jour est non négociable dès lors qu'on chauffe au bois.

Le mois d'octobre est la seule fenêtre où ces trois chantiers — ramonage, grillage, réorganisation du tas de bois — peuvent être menés ensemble, après l'envol des nichées et avant les premières gelées. Passé novembre, la plupart des interventions en toiture sont repoussées, et les occupants du conduit s'installent pour l'hiver.

Sources : ADEME (chauffage au bois domestique) ; décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 relatif à l'entretien annuel des installations de chauffage ; arrêté du 29 octobre 2009 (oiseaux protégés) ; arrêté du 23 avril 2007 (mammifères terrestres protégés) ; Santé publique France (intoxications au monoxyde de carbone) ; décret n° 87-712 du 26 août 1987 (réparations locatives).

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