Introduction : le premier feu de la saison révèle six mois d'occupation
Entre la mi-octobre et la Toussaint, des millions de foyers français rallument leur poêle, leur insert ou leur cheminée ouverte. C'est aussi la période où les entreprises de dératisation et de désinsectisation enregistrent une catégorie d'appels très particulière : des bruits dans le conduit, des insectes qui sortent du panier à bûches, des crottes de rongeurs derrière le tas de bois.
Le lien de cause à effet est rarement fait par les occupants, et pourtant il est direct. Un conduit de cheminée inutilisé d'avril à octobre est, du point de vue d'un oiseau, d'un loir ou d'une guêpe, une cavité verticale sèche, abritée du vent et des prédateurs. Un stère de bois empilé contre un mur de façade est, du point de vue d'un mulot ou d'une vrillette, un habitat cinq étoiles livré à domicile.
Selon l'ADEME, près de 7 millions de foyers se chauffent au bois en France, dont une large part en appoint. Ce mode de chauffage, encouragé pour des raisons énergétiques, crée mécaniquement deux points d'entrée que les guides classiques sur les rongeurs ou les insectes ne traitent presque jamais : le conduit et le bois de chauffage lui-même.
Cet article ne reprend pas nos contenus sur les rongeurs dans les combles ni sur les nids de guêpes de fin d'été. Il traite d'un angle précis et saisonnier : ce qu'il faut inspecter, obturer et déplacer avant d'allumer le premier feu de l'hiver 2026-2027.

Qui s'installe dans un conduit de cheminée entre avril et octobre ?
Un conduit maçonné ou tubé offre une température stable, une humidité faible et une protection totale contre la pluie et les prédateurs terrestres. Quatre catégories d'occupants reviennent systématiquement.
Les oiseaux cavernicoles
Le choucas des tours (Corvus monedula) est le cas le plus fréquent en France métropolitaine. Il construit un nid volumineux fait de branchages, parfois plusieurs dizaines de centimètres de hauteur, qui obstrue le conduit. Les conséquences sont doubles : refoulement des fumées et risque d'intoxication au monoxyde de carbone.
Point juridique essentiel : le choucas des tours est une espèce protégée au titre de l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. La destruction des nids occupés et la capture des individus sont interdites hors dérogation préfectorale. En pratique, le retrait d'un nid ne peut se faire qu'après l'envol des jeunes, c'est-à-dire précisément à partir de la fin de l'été et en automne. D'où l'importance de la fenêtre septembre-octobre.
Le martinet noir et l'étourneau sansonnet utilisent également les souches de cheminée, mais quittent les lieux plus tôt dans la saison.
Les guêpes et les frelons
Une colonie de guêpes communes peut parfaitement installer son nid dans un conduit désaffecté ou dans l'espace entre la souche et le tubage. Le signal d'alerte est un va-et-vient régulier au niveau du chapeau observable de l'extérieur en juillet-août. En octobre, la colonie décline et meurt avec les premières gelées : le nid vide n'est plus dangereux, mais ses matériaux restent combustibles et peuvent entretenir un feu de conduit.
Les loirs, lérots et mulots
Le loir gris (Glis glis) et le lérot (Eliomys quercinus) sont les grands spécialistes des cavités de bâti. Un conduit tubé en inox avec une lame d'air périphérique, ou un coffrage de poêle, leur offre un couloir parfait. Leurs bruits sont caractéristiques : grattements et déplacements nocturnes, parfois des « roulements » d'objets stockés.
Attention : le loir gris bénéficie lui aussi d'un statut d'espèce protégée en France (arrêté du 23 avril 2007 relatif aux mammifères protégés). Les méthodes létales sont proscrites ; seules l'exclusion mécanique et, sous conditions, la capture-relâcher sont envisageables.
Les chauves-souris
Toutes les espèces de chiroptères sont intégralement protégées en France. Une colonie installée dans un conduit impose de contacter le Groupe Chiroptères régional ou la LPO avant toute intervention. L'obturation en période d'hibernation (novembre à mars) équivaut à une mise à mort et expose à des sanctions pénales.
Règle générale : avant d'obturer, de fumiger ou de démonter quoi que ce soit dans un conduit, identifiez l'occupant. Plusieurs espèces concernées sont protégées, et l'erreur se paie à la fois sur le plan légal et sur le plan sanitaire (cadavre en décomposition dans le conduit).
Le ramonage : une obligation qui sert aussi de diagnostic nuisibles
Le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 a harmonisé les règles de ramonage en France. Depuis le 1er octobre 2023, il impose :
| Type d'installation | Fréquence | Intervenant |
|---|---|---|
| Combustibles solides (bois, charbon, granulés) | 2 ramonages par an, dont un en période de chauffe | Professionnel qualifié |
| Combustibles liquides ou gazeux | 1 ramonage par an | Professionnel qualifié |
Le ramoneur délivre un certificat de ramonage mentionnant notamment la vacuité du conduit sur tout son parcours. Ce document est exigé par la plupart des assureurs en cas de sinistre incendie.
Ce rendez-vous annuel est le meilleur moment pour faire un diagnostic nuisibles. Demandez explicitement au professionnel :
- s'il a trouvé des matériaux de nid (branchages, mousses, plumes, papier mâché) ;
- si le chapeau de cheminée est présent et en bon état ;
- s'il existe des fissures ou des jours entre la souche et la toiture ;
- si le conduit est tubé, et si la lame d'air périphérique est obturée en tête.
Un détecteur de monoxyde de carbone installé dans la pièce de chauffe reste le filet de sécurité indispensable : il signalera un refoulement lié à une obstruction partielle avant que les symptômes n'apparaissent. Santé publique France rappelle que le monoxyde de carbone provoque chaque année environ une centaine de décès accidentels en France, avec un pic entre octobre et mars.
Obturer sans étouffer : le chapeau et le grillage anti-intrusion
La solution de prévention est simple, peu coûteuse et durable : équiper la sortie de conduit d'un dispositif grillagé.
Les caractéristiques qui comptent
- Maille de 10 à 13 mm : suffisamment fine pour bloquer oiseaux, loirs et rongeurs, suffisamment ouverte pour ne pas s'encrasser trop vite avec les suies. Une maille inférieure à 8 mm se colmate en une saison sur un appareil bois.
- Acier inoxydable ou galvanisé à chaud : l'acier nu rouille en deux hivers au contact des condensats acides.
- Démontable : le ramoneur doit pouvoir y accéder. Un grillage soudé définitivement sera arraché à la première intervention.
- Compatible avec l'appareil : sur les poêles à granulés à sortie ventouse ou concentrique, les grilles standard de cheminée ne conviennent pas ; il existe des grilles anti-rongeurs pour ventouse spécifiques.
Un chapeau de cheminée anti-pluie grillagé en inox règle d'un coup le problème de l'intrusion animale, celui des entrées d'eau et, partiellement, celui du refoulement par vent. Comptez une pose par un couvreur ou un ramoneur : l'intervention en toiture n'est pas un bricolage de fin de semaine.
Les conduits désaffectés
Un conduit abandonné et non obturé est l'un des points d'entrée les plus sous-estimés du bâti ancien. Il faut l'obturer aux deux extrémités :
- en tête, par une dalle ou un chapeau plein ;
- en pied, par un bouchon rigide (laine de roche + plaque, ou obturateur gonflable permanent).
Mais attention : un conduit totalement étanche aux deux bouts condense. La pratique recommandée par les professionnels est de laisser une ventilation grillagée de faible section à chaque extrémité, qui empêche l'intrusion tout en assurant un balayage d'air.





