« On a fait venir quelqu'un pour la cave, pour les combles, on a mis du grillage partout. Et en fait le technicien a posé une feuille de papier sous la porte du garage, il a éteint la lumière, et on a vu le jour. Il m'a dit : votre souris, elle sonne pas, elle passe par là. » Ce propriétaire de Champigny-sur-Marne avait inspecté toute sa maison sauf l'endroit qu'il franchit lui-même dix fois par jour.
C'est l'un des constats les plus réguliers des interventions en pavillon : le point d'entrée principal des rongeurs n'est presque jamais un trou dans un mur, c'est le bas d'une porte. Une porte est une pièce mobile, soumise aux chocs, au gel, au tassement du seuil et à l'usure du joint. Elle finit toujours par ne plus toucher le sol sur toute sa longueur. Et un jour sur deux, c'est déjà suffisant.
Ce blog a déjà traité les matériaux qui tiennent pour boucher un trou, les soupiraux de cave et l'abri de jardin et le garage non chauffé. Cet article traite un détail de bâti précis et très sous-estimé : les seuils, les bas de portes, les portes-fenêtres coulissantes et les chatières — comment mesurer la faille, comment la fermer, et ce qui ne tient pas trois mois.

Combien d'espace faut-il à un rongeur sous une porte ?
Les chiffres circulent souvent de façon approximative. Les références de la profession et les fiches de prévention publiées par les services d'hygiène municipaux retiennent des ordres de grandeur stables :
| Espèce | Passage franchi | Repère concret |
|---|---|---|
| Souris grise (Mus musculus) | environ 6 à 7 mm | l'épaisseur d'un crayon à papier |
| Surmulot / rat d'égout (Rattus norvegicus) | environ 20 mm | le diamètre d'un pouce |
| Mulot sylvestre | environ 8 mm | une pièce de 2 centimes sur la tranche |
Une souris n'a pas besoin de creuser : son crâne est la seule partie rigide de son corps, le reste se comprime. Si la tête passe, l'animal passe. Et un rongeur agrandit ce qu'il franchit déjà : une fente de 5 mm dans un bas de porte en bois devient, en quelques nuits de rongement, un trou de 3 cm.
Le test est immédiat, et il ne coûte rien. Fermez la porte, éteignez la lumière du côté intérieur, et regardez depuis l'autre côté en plein jour : tout filet de lumière visible est un passage. Pour un garage sombre, l'inverse marche aussi — une lampe posée au sol à l'intérieur, et on regarde de dehors à la nuit tombée. Beaucoup de gens font cet examen avec un simple mètre-ruban d'électricien glissé sous la porte ; les 8 mm sont tout de suite parlants.
Les quatre portes qui font entrer les rongeurs dans un pavillon
1. La porte de garage, de loin la première
Une porte de garage basculante ou sectionnelle est, par construction, la pièce la moins étanche du bâti. Ses défauts classiques :
- Le joint souple inférieur durci. Le boudin en caoutchouc ou en EPDM se craquelle au bout de huit à dix ans, perd son élasticité et ne vient plus en contact. Il reste visuellement en place : c'est pour cela qu'on ne le soupçonne pas.
- Le seuil béton creusé ou fissuré. Les entrées de garage en pente, très fréquentes dans les pavillons de Saint-Maur ou de Nogent, s'usent au niveau de la rigole. Une cuvette de 2 cm sur 15 cm de large suffit à un surmulot.
- Les angles latéraux. Même avec un joint bas correct, les deux coins verticaux de la porte laissent presque toujours un triangle ouvert.
- Les passages de câbles et de gaines percés plus tard pour un moteur, une prise ou un arrosage automatique, jamais rebouchés.
Le remplacement du joint est un geste accessible : on retire l'ancien, on nettoie la rainure, on reclipse un joint bas de porte de garage au bon profil (en U, en Ω, à clipser ou à visser selon le modèle). Pour un seuil irrégulier, mieux vaut un seuil-rampe en caoutchouc collé au sol, qui compense la cuvette, qu'un joint plus épais qui empêchera la porte de se fermer.
2. La porte de service et la porte de cuisine arrière
C'est la porte par laquelle on sort les poubelles, et c'est aussi celle qui est la plus sollicitée. Son bas frotte, se cale, se tasse. Dans beaucoup de pavillons, le seuil d'origine en bois ou en pierre a été recouvert d'une chape ou d'un carrelage de terrasse : la porte a été rabotée, et elle ne touche plus rien sur un ou deux centimètres.
Deux solutions, et une seule bonne :
- À éviter : la mousse expansive, la bombe de mousse polyuréthane injectée dans l'espace. Un rongeur la traverse en une nuit. Elle n'a aucune valeur mécanique.
- À faire : une plinthe bas de porte à brosse vissée, avec une brosse en nylon dense et longue, ou mieux, pour une porte exposée, une barre aluminium à joint silicone. Sur une porte en bois déjà attaquée en partie basse, la bonne pratique est d'ajouter une plaque métallique de 20 à 30 cm de haut, vissée côté extérieur : c'est le seul moyen d'empêcher le rongement du bord.
3. Les portes-fenêtres et baies coulissantes
Un coulissant ne se ferme jamais hermétiquement : le vantail circule dans un rail, et le rail est ouvert à ses extrémités. C'est un boulevard discret pour les souris, surtout quand la terrasse est bordée d'un massif ou de pots. Les points à contrôler :
- Les trous de drainage du rail, en façade extérieure du dormant. Ils sont indispensables à l'évacuation de l'eau — on ne les bouche pas, on les grille avec un petit morceau de toile métallique inox ou une grille de ventilation du commerce découpée.
- Les joints-brosses verticaux entre les deux vantaux, souvent écrasés ou manquants.
- Le volet roulant au-dessus, dont le caisson communique parfois avec le comble ou le doublage. C'est un sujet à part entière, mais le réflexe est le même : chercher les fentes.
4. La chatière
C'est le cas le plus frustrant, parce que le propriétaire a installé l'ouverture volontairement. Une chatière simple à clapet battant est une porte ouverte pour un rat : il la pousse. Un surmulot de 350 g a une force de poussée très largement suffisante.
Si l'animal domestique a besoin de sortir, la seule configuration défendable est une chatière à puce électronique, qui ne se déverrouille que devant la puce d'identification du chat. Elle règle en même temps un autre problème abordé ailleurs sur ce blog : les gamelles laissées dehors. À défaut, une chatière verrouillable manuellement la nuit vaut mieux que rien — le pic d'activité des rongeurs se situe de la tombée du jour à deux heures après le coucher du soleil.




